« Kamala Harris pourrait bénéficier des faiblesses de Donald Trump »

Alexis Buisson est l’auteur de L’Héritière (L’Archipel, 2023), biographie de Kamala Harris. Notre correspondant à New York livre son regard sur la campagne présidentielle et sur la candidate démocrate.

Tristan Dereuddre  • 26 juillet 2024 abonné·es
« Kamala Harris pourrait bénéficier des faiblesses de Donald Trump »
© Brendan SMIALOWSKI / AFP

Après le renoncement de Joe Biden dans la course à la présidence, peut-on imaginer que Kamala Harris ne soit pas la candidate démocrate pour l’élection présidentielle ?*

Alexis Buisson : On n’est jamais sûr à 100 %, mais le risque est très faible. Les 24 heures qui ont suivi le retrait de Joe Biden montrent que le parti fait bloc derrière elle, dans son ensemble : des élus progressistes, d’autres plus modérés, hispaniques, noirs mais aussi des ténors comme Bill Clinton ou Nancy Pelosi (1) lui ont apporté leur soutien. Obama attend toujours que le candidat soit investi, c’était déjà le cas en 2020. En plus de ce bloc, elle aurait atteint le nombre de délégués requis pour remporter l’investiture du parti démocrate. Et à ce stade, aucun adversaire sérieux ne s’est dégagé.

Son expérience politique lui donne-t-elle l’envergure d’une présidente ?

On n’est jamais vraiment prêt à exercer cette fonction. Quand elle accède à la vice-présidence en 2020, son passé de procureure ne lui offrait que très peu d’expérience en politique nationale et internationale – malgré un passage de quelques années au Sénat. Mais au cours des 4 dernières années, elle a vraiment gagné en assurance et en expérience dans l’ombre de Joe Biden. Elle a porté la voix des États-Unis à l’étranger, rencontré des centaines de leaders internationaux, promu les politiques du gouvernement Biden dans le pays à travers des déplacements ciblés - par exemple, sur le développement de l’internet à haut débit ou sur l’avortement. Tout cela lui a permis d'appréhender le monde et le pays à travers le prisme de la Maison Blanche.

Lors de son accession à la vice-présidence en 2020, Kamala Harris a bénéficié d’une forte exposition médiatique. Comment expliquer son "invisibilisation" ensuite au cours du mandat de Joe Biden ?

Elle est effectivement arrivée dans ce rôle avec énormément d’attentes sur ses épaules. Elle était vue comme une vice-présidente historique, la première femme de couleur à occuper ce poste. Son invisibilisation s’explique par deux facteurs. D’abord le poste de vice-président en lui-même, très proche du pouvoir, mais dont sa seule fonction écrite dans la Constitution est de prendre la suite du Président s’il devenait incapable de gouverner. Le vice-président doit s’effacer face au président et promouvoir ses politiques. C’est le rôle de "super conseiller" qui, par la force des choses, le rend invisible.

Elle a vraiment envie d’insister sur le fait que Donald Trump est un condamné.

Ensuite, c’est la première fois depuis le début des années 2000 qu’un vice-président a moins d’expérience de Washington que le président. Quand on regarde la présidence de George Bush, son vice-président Dick Cheney avait beaucoup plus d’expérience de Washington, grâce à

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