Thomas Verduzier, l’homme qui a failli devenir espion

Dans un récit publié fin mai aux éditions Anne Carrière, l’auteur propose une réflexion profonde sur la valeur de l’engagement et des idéaux. Entretien.

Tristan Dereuddre  • 22 juillet 2024 abonné·es
Thomas Verduzier, l’homme qui a failli devenir espion
© DR

À 26 ans, Thomas est approché par le service clandestin de la DGSE, lequel a inspiré la série à succès Le bureau des légendes. Le jeune homme est attiré par la promesse d’une vie hors norme, loin des bancs du Sénat qu’il côtoie dans le cadre de son rôle d’attaché parlementaire et sur lesquels il s’ennuie fermement. Dans un ouvrage qui vient de paraître, intitulé Comment j’ai failli devenir espion, Thomas Verduzier, désormais délégué régional PACA au sein de Groupe-SOS, revient sur l’expérience extraordinaire de cette année de recrutement, dans les coulisses du renseignement français. Sa plume, sincère et mature, nous plonge dans un long cheminement intellectuel qui interroge le rapport à l’engagement, à l’éthique, et les possibilités de concilier une vie privée avec l’exercice du métier d’espion.

Comment avez-vous vécu votre premier contact avec le service clandestin de la DGSE ?

Thomas Verduzier : Je reçois un appel inconnu sur mon téléphone. Quand je décroche, c’est le ministère des Armées qui se présente à moi. L’appel laisse peu de place aux détails, il y a une forme de flou duquel émergent forcément quelques fantasmes. J’ai rendez-vous une semaine après dans un bureau à Paris, où un homme m’annonce que l’entretien va durer un long moment. Le suspense tourne court : il se présente à moi immédiatement en me parlant du « bureau des légendes », et m’annonce qu’il appartient à la DGSE et aux Renseignements français. Il m’approche pour que je rentre dans le processus de candidat espion. À l’intérieur de moi, je ressens quelque chose de fort. C’est la fiction qui rencontre la réalité. Je dois faire la part des choses.

Mon sentiment de vertige est contrebalancé par la nécessité de garder mon sang-froid, le processus de recrutement a débuté. L’un des objets du recrutement est de se présenter tel qu’on est, sans fard, de ne pas mentir. On me demande d’exprimer mes doutes, mes craintes, mes préoccupations. Dès ce moment-là, je compose entre cette sensation étrange d’être en train de vivre une expérience extraordinaire, qui me dépasse, et le devoir d’être pragmatique rationnel et pertinent dans mes réponses. Après l’entretien, je suis sur mon scooter dans Paris, en « pilote automatique », et j’ai du mal à digérer ce qu’il vient de m’arriver.

Pendant tout votre processus de recrutement, vous n’avez parlé de cette expérience qu’à votre frère, Hugo. Comment avez-vous géré ce silence et ce secret ?

Une des premières choses qu’on me demande, c’est de ne parler de ce rendez-vous à personne. Je comprends en rentrant que je ne suis pas en mesure de respecter cette consigne. Je prends le risque de parler de ce qu’il vient de m’arriver, dans les grandes lignes, à mon frère. Pour le reste, pendant des mois, cette

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Société
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