À Aurillac et Mulhouse, la culture à l’offensive
Le Festival international de théâtre de rue d’Aurillac et le festival Météo de Mulhouse, dédié aux musiques aventureuses, font preuve d’une belle vitalité dans un contexte économique et politique pour le moins morose. État des lieux avec leurs directeurs respectifs, Frédéric Remy et Mathieu Schoenahl.
dans l’hebdo N° 1820-1824 Acheter ce numéro

© Gunu Kim
Apparu en 1986, en plein essor des arts de la rue et du nouveau cirque, le Festival d’Aurillac est porté depuis 1988 par l’association Éclat, labellisée Centre national des arts de la rue et de l’espace public. Attirant des compagnies de nombreux pays, drainant un large public, il jouit aujourd’hui d’une aura qui excède de très loin le pays auvergnat. S’il n’a pas subi récemment de baisses de subventions, sa santé économique reste néanmoins fragile, car il encaisse de plein fouet la hausse des dépenses logistiques : énergie, transport, hébergement, restauration…
« Le fait de nous trouver en milieu rural induit des coûts supplémentaires qui ont été fortement impactés par l’inflation, souligne Frédéric Remy, directeur du festival. Cela provoque une érosion de nos budgets artistiques. Il importe que tous les partenaires prennent conscience de la nécessité d’augmenter le soutien financier à des associations de notre type. » À ces contingences économiques s’ajoutent les turbulences politiques qui secouent actuellement la société française, marquée par une montée en puissance du Rassemblement national lors des dernières élections européennes et législatives.
Porteuse de notions d’ouverture et de tolérance, la culture constitue un enjeu essentiel actuellement.
F. Rémy« Je trouve cette situation alarmante, confie Frédéric Remy. On vit depuis longtemps dans un climat politique qui véhicule la peur et la colère, qui cherche à opposer les gens. On semble avoir perdu la capacité à vivre ensemble, à faire communauté. Les attentats terroristes ont entraîné un contrôle renforcé de l’espace public et la pandémie de covid-19 a causé de nouvelles restrictions. La conjonction de ces divers phénomènes a entraîné un repli sur soi et favorisé la perception de l’autre comme un danger potentiel. Une bascule doit se produire : il faut retrouver le sens du dialogue, de l’échange et du consensus. Porteuse de notions d’ouverture et de tolérance, la culture constitue un enjeu essentiel actuellement. Dans une période de crise comme celle que nous traversons en France, il faut s’ouvrir au monde, accueillir la plus grande diversité de cultures et de points de vue. À l’instar d’autres acteurs culturels, nous sommes au cœur de cette bataille. »
Actions extérieuresDotée depuis 2004 d’un imposant lieu de création (le Parapluie), l’association Éclat – qui dispose d’une enveloppe globale de 2 millions d’euros pour l’ensemble de ses activités – propose tout au long de l’année des accueils en résidence et des rendez-vous publics de sorties de résidence. Des actions sont également menées avec des établissements scolaires. En outre, des concerts sont organisés durant trois semaines en amont du festival dans de petites communes du département du Cantal (et un peu au-delà) – une initiative complémentaire, baptisée Champ libre !
Les arts de la rue incarnent la forme la plus tangible de démocratisation culturelle.
F. Rémy« Les arts de la rue incarnent la forme la plus tangible de démocratisation culturelle : espaces ouverts, spectacles majoritairement gratuits, sans prérequis pour le public, avance Frédéric Remy. Champ libre ! déclenche une forte appétence et
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