Le lycée agricole de Melle, pépinière du mouvement antibassines

L’établissement des Deux-Sèvres voit mûrir au sein de son BTS gestion et protection de la nature une nouvelle génération d’activistes contre l’accaparement de l’eau. Ses élèves aux parcours sinueux trouvent dans ce terroir et son activité militante le déclic d’un engagement durable.

Sylvain Lapoix  • 15 juillet 2024 abonné·es
Le lycée agricole de Melle, pépinière du mouvement antibassines
Manifestation à Sainte-Soline le 25 mars 2023 contre les mégabassines, symbole d’une agriculture intensive qui assèche les sols.
© Maylis Rolland / Hans Lucas / AFP

"Nous étions largué·es au milieu du Marais poitevin avec une boussole et un cap à suivre : nos contacts attendaient dix kilomètres plus loin. » Élisa* se souvient avec netteté de cette journée d’intégration en lycée pro, le 11 septembre 2023, sous la forme d’une course d’orientation dans le parc naturel. Coup de bol, elle avait accosté sur les berges « carte postale » de la zone humide : fossés bien tracés dans la verdure, canaux frissonnant sous les barques à fond plat. D’autres avaient eu droit au « brun » : les champs de blé fauchés à perte de vue, plats comme la main, secs comme la paille. « Sur notre chemin, on a croisé la retenue de Mauzé, j’ai trouvé ça énorme, se bidonne la jeune diplômée. Mais j’ai dû expliquer aux autres : certains n’avaient jamais entendu le mot mégabassine. »

Les élèves qui randonnaient ce jour-là dans le Marais poitevin n’intégraient pas n’importe quel lycée. « Bujault », établissement d’enseignement agricole de Melle, s’enracine dans le terroir du projet de mégabassines de Poitou-Charentes. « Avant, je disais que c’était près de La Rochelle. Maintenant, je dis que c’est près de Sainte-Soline », situe Romain Guillet, en ­deuxième année de BTS. Or c’est aussi ici que bat désormais le cœur de la contestation antibassines. Et, sous les banderoles des défilés qui l’irriguent, se pressent de nombreux·ses élèves passé·es, présent·es ou futur·es du lycée agricole de secteur.

La majorité vient d’une même filière : gestion et protection de la nature (GPN). Sur le site du bahut, son contenu s’étale sur une grande diagonale qui va de l’animation, type Bafa, à l’écologie. « C’est une formation couteau suisse, reconnaît Thomas, récemment diplômé. On nous apprend à planter des haies, à quoi ça sert, et à expliquer aux enfants pourquoi on le fait. » Une formation qui fait le plein chaque année. « Nous avons 600 dossiers pour 32 places et les besoins vont être croissants », se félicite Benoît Dieltens, directeur de l’établissement. De son côté, le BTS production animale (PA), spécialisé dans l’élevage caprin et l’analyse biotechno­logique, peine à recruter.

Des vocations fortes

La plupart des candidat·es affluent cependant pour des motifs vagues. « Vous regardez des docus animaliers et vous aimez Léa Nature ? La conseillère d’orientation vous dit 'allez hop, en BTS GPN !' caricature une prof. Ça fait des promotions pleines d’élèves d’à peine 18 ans, très scolaires et peu matures. » L’équipe pédagogique du GPN de Melle a donc pris le parti d’ouvrir le cursus environnementaliste à des profils moins lisses : retours d’études, parcours sinueux, vocations fortes. Ces dernières années ont, par exemple, vu le recrutement d’une élève infirmière en reconversion, d’un ex-étudiant en tourisme, d’une fille en service civique débarquant d’un bateau d’aide aux migrants de SOS Méditerranée. Grégoire s’y est ajouté : « J’ai fait une première année de fac qui m’a déplu, Staps, puis il y a eu le covid et une remise en question. »

Le contexte des bassines constitue la motivation de certaines

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