« Megalopolis », les lauriers de César
Francis Ford Coppola signe une œuvre hors norme sous la forme d’un néo-péplum politique.
dans l’hebdo N° 1829 Acheter ce numéro

© Caesar Film
Megalopolis n’est certes pas un film aimable, mais à Cannes, où il était présenté en compétition, on a aimé le détester – un phénomène souvent circonscrit au microcosme du festival. Il est probable que la réception du vingt-quatrième long métrage de Francis Ford Coppola, maintenant qu’il sort sur les écrans, sera plus amène.
Revu pour l’occasion, Megalopolis reste à nos yeux une œuvre extraordinaire, au sens premier du terme, hors norme, qui ne se livre pas facilement mais qui s’avère passionnante. Même si celui qui demeure l’un des plus brillants représentants du Nouvel Hollywood n’a jamais succombé à l’académisme, on aurait pu craindre qu’à 85 ans il s’assagisse. Ce n’est en rien le cas.
Le cinéaste, établissant une analogie entre la situation des États-Unis et l’Empire romain quand il fut au bord de la déliquescence, New York étant rebaptisé New Rome, s’est lancé dans un néo-péplum prophétique. César Catilina (Adam Driver) est le nom du héros de Megalopolis, architecte doué du pouvoir d’arrêter le temps, ayant mis au point une matière révolutionnaire, le megalon, à partir de quoi il a conçu un modèle utopique. Il s’oppose au maire de la ville, Franklyn Cicero (Giancarlo Esposito), orateur habile et corrompu, et a reçu l’appui de son oncle, le patriarche Hamilton Crassus III (Jon Voight), le plus puissant banquier de la cité.
L’esthétique du film est à la mesure de la fable : chargée, baroque, extravertie, exploitant, dans le sillage d’un Méliès, tous les effets du cinématographe, ceux que le numérique permet, mais aussi celui-ci, on ne peut plus physique, en « présentiel » des spectateurs, dirait-on aujourd’hui : alors que le personnage d’Adam Driver s’apprête à donner une interview, un homme (en chair et en os), dans le noir de la salle, se glisse devant l’écran pour poser une question, à laquelle César Catilina répond. L’intervieweur s’évanouissant ensuite dans l’obscurité comme il était venu. Ce bref épisode est aussi symptomatique de l’humour,
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