« Ma vie ma gueule », une drôle de présence

Sophie Fillières a tourné Ma vie ma gueule avant de disparaître à 58 ans. Un portrait de femme désaccordée, porté avec panache par Agnès Jaoui.

Christophe Kantcheff  • 17 septembre 2024 abonné·es
« Ma vie ma gueule », une drôle de présence
Les films de Sophie Filières tutoient les limites du réalisme pour s’engager sur des chemins où la drôlerie résonne comme une poésie de l’absurde.
© Jour2fête

Il est étonnant de savoir que Sophie Fillières est morte peu de temps après la fin du tournage de Ma vie ma gueule, le 31 juillet 2023 – à 58 ans –, tant ne s’y décèle aucune marque de faiblesse ni de relâchement. Ma vie ma gueule s’inscrit dans la droite ligne de certains de ses films, comme Gentille (2005) ou Un chat un chat (2009), où se dessine le portrait d’une femme dont l’âge, chaque fois, avoisine celui de la réalisatrice.

Emmanuelle Devos et Chiara Mastroianni, pour les deux œuvres citées (mais aussi Sandrine Kiberlain dans d’autres films de la réalisatrice), en étaient les interprètes. Ici, Agnès Jaoui incarne Barberie Bichette, surnommée Barbie, pénétrant ainsi, pour la première et ultime fois, dans l’univers de Sophie Fillières. Pour, assurément, l’une de ses plus belles compositions. L’alliance de solidité et de funambulisme qui émane de la comédienne y fait merveille.

L’univers de la cinéaste, quel est-il ? L’entrée en matière en donne une bonne idée. Où le visage de Barberie apparaît en gros plan, de trois quarts face, en train de regarder son écran d’ordinateur. Elle s’apprête à rédiger un texte dont le titre sera celui du film. Mais, auparavant, elle cherche quelle police de caractères correspond le mieux à ce qu’elle va écrire. L’épisode a des accents comiques, Barberie tâtonnant et cliquant par exemple sur une police qui transforme tous les signes en carrés. Mais il suggère aussi que le texte ne peut exister sans une esthétique.

Sophie Fillières accordait à la langue et à l’écriture une attention toute particulière.

Les films de Sophie Fillières sont ainsi, en particulier Ma vie ma gueule : singuliers, ils tutoient les limites du réalisme pour s’engager sur des chemins où la drôlerie résonne comme une poésie de l’absurde, et la folie souterraine comme une quête de sens.

Barberie Bichette vit seule avec deux grands

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Cinéma
Temps de lecture : 4 minutes