« Si Paul Watson est extradé au Japon, on ne le reverra pas »

La justice danoise doit à nouveau statuer sur une éventuelle extradition vers le Japon de Paul Watson, défenseur des baleines, le 2 octobre 2024. Lamya Essemlali, présidente de Sea Shepherd France, revient sur toute l’histoire qui a conduit à la criminalisation de l’activiste.

Vanina Delmas  • 4 septembre 2024 abonné·es
« Si Paul Watson est extradé au Japon, on ne le reverra pas »
Peinture murale de l'artiste Hugues Anhes représentant le fondateur canadien de l'ONG Sea Shepherd, Paul Watson, sur un immeuble à Paris, le 4 septembre 2024.
© Thibaud MORITZ / AFP

En juillet dernier, Paul Watson et son équipage naviguaient vers le Pacifique Nord afin d'empêcher le navire usine japonais Kangei Maru d'aller chasser la baleine. Inauguré en mai, celui-ci peut capturer des animaux de 70 tonnes, stocker plus de 600 tonnes de viande et a annoncé l'objectif de capturer 200 baleines en 2024. Impensable pour Sea Shepherd, fondée par Paul Watson, qui a lancé une nouvelle campagne coup de poing.

Lors d'une escale à Nuuk, capitale du Groenland, pour se ravitailler en carburant, Paul Watson est arrêté par la police danoise, à cause d'un mandat d'arrêt international émis par le Japon il y a douze ans. Le pirate des mers risque une extradition au Japon et 15 ans de prison. Lamya Essemlali, présidente de Sea Shepherd France et amie de Paul Watson, revient sur les chefs d'accusation et toute l'histoire qui a conduit à cette criminalisation de l'activiste. La justice danoise doit à nouveau statuer sur une éventuelle extradition vers le Japon de Paul Watson, le 2 octobre (1).

Le 21 juillet, Paul Watson est arrêté au Groenland par la police danoise et emprisonné, à cause d'un mandat d'arrêt international émis par le Japon. Pouvez-vous expliquer les raisons ?

Lamya Essemlali : Paul Watson a été arrêté sur la base de faits qui se sont déroulés en Antarctique en 2010 et un mandat d'arrêt avait été émis contre lui en 2012. Les chefs d'accusation sont : « conspiration d'abordage », « destruction de propriété privée », « blessures » et « obstruction au business ». Ce mandat repose uniquement sur les aveux de Pete Bethune, un ancien membre de Sea Shepherd, arrêté en 2010, qui lui ont été extorqués après deux mois d'emprisonnement au Japon. Il a raconté que l'abordage en question avait été fait sur instructions de Paul Watson. Or, c’est bien Pete Bethune qui est monté à bord du baleinier Shōnan Maru 2, le 15 février 2010 car un mois auparavant, ce même baleinier avait percuté et coulé l'Ady Gil, son bateau.

Il est monté sur le baleinier pour présenter la facture au capitaine. L’accusation de « destruction de propriété privée » fait référence au filet antiabordage de leur bateau qui a été déchiré. Ce filet a une valeur de 800 euros tandis que le bateau de Pete qui a été coulé par les Japonais vaut deux millions d'euros ! Pour les blessures, l'accusation la plus grave, il s'agit d'un marin japonais qui affirme avoir été brûlé au visage par de l'acide. Ce jour-là, une boule puante a été envoyée sur le baleinier mais celle-ci ne contenait que de l'acide butyrique, donc biologique et inoffensif. Cela provoque juste une odeur intense de vomi qui rend la viande impropre à la consommation.

De plus, ce n'est même pas Paul Watson qui a lancé cette boule puante. Nous avons des images qui prouvent tout cela car notre bateau était équipé de caméras pour la série Justiciers de mers (Whale Wars). Notre avocate avait fait le découpage minutes par minutes avec ces images pour l'audience au tribunal le 15 août mais le juge n'a pas été intéressé. De plus, ces preuves existaient déjà en 2010 lors du procès de Pete Bethune, au Japon mais le procureur a refusé de visionner les images car elles auraient innocenté Pete Bethune, et auraient surtout rendu impossible le mandat d'arrêt contre Paul Watson.

Est-ce qu'il y a une raison précise qui fait que l'arrestation a eu lieu cet été, au Groenland, un territoire sous autorité danoise ?

Paul Watson a vécu en France de 2014 à 2016, et il est revenu il y a un an pour s’y installer définitivement avec sa famille. Il a aussi vécu pendant des années aux États-Unis, sans se cacher. Le Japon n’a jamais essayé de l’arrêter alors que le mandat d’arrêt était toujours en cours. Au printemps dernier, Paul a publiquement annoncé qu’il se rendrait dans le Pacifique nord pour barrer la route au plus gros baleinier jamais construit et inauguré par le Japon en mai dernier. Le Japon a su que Paul s’arrêterait au Groenland pour recharger en carburant. Le Groenland, rattaché au Danemark, a accédé à la requête du Japon sûrement

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