Face à Macron, les fragilités du Nouveau Front populaire
Les divergences d’orientations politiques, notamment au Parti socialiste, fragilisent l’union des gauches. Emmanuel Macron et les siens ont bien identifié la brèche.
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© Frederic Petry / Hans Lucas / AFP
Et si c’était le début de la fin ? L’union des gauches, sous le nom de Nouveau Front populaire (NFP), constituée pour contrer l’extrême droite dans l’urgence des législatives anticipées de juin dernier, et proposer un contrat de gouvernement, pourrait-elle subitement s’effondrer ? L’hypothèse est sérieuse tant les détracteurs du NFP, de gauche comme de droite, s’emploient à fracturer l’union des gauches.
Faut-il s’empêcher de censurer un gouvernement qui défend quelques mesures de gauche, même les moins radicales ? Faut-il accepter le jeu parlementaire fait de compromis et de concessions ou se placer en opposition frontale à un quelconque exécutif de coalition ? Doit-on s’entêter à mener campagne derrière Lucie Castets alors qu’Emmanuel Macron a exclu de la nommer dès ses premières consultations ?
C’est au Parti socialiste (PS) que ces interrogations s’exposent le plus au grand jour. Selon les opposants du Premier secrétaire, Olivier Faure, le PS doit se saisir de cette opportunité pour accéder au pouvoir et tenter de pousser à gauche la politique macroniste. Pour la direction de l’appareil, partisan d’un alignement stricte avec le NFP, il est hors de question d’adopter la stratégie qui condamnerait les socialistes à devenir une béquille du macronisme. La gauche a une candidate : Lucie Castets. D’après eux, l’énarque pourrait accéder à Matignon si un gouvernement est rapidement mis en échec par l’Assemblée nationale.
« Sortir des postures » pour créer une majoritéPour les détracteurs de Faure, les critiques pleuvent. « Nous sommes dans un moment de clarification nécessaire du PS qui doit rester un parti de gouvernement. Il ne doit pas suivre la stratégie du bruit et de la fureur, de l’insurrection dans la rue », charge la maire de Vaulx-en-Velin (Rhône) et proche de François Hollande, Hélène Geoffroy. « Nous ne serons jamais la caution d’Emmanuel Macron mais nous savons faire la différence entre l’intérêt du Président et l’intérêt général », considère l’édile de Rouen, Nicolas Mayer-Rossignol. « Le mandat qui a été donné aux députés républicains, c’est le respect du front républicain. Nous devons sortir des postures pour créer des majorités de non-censure », estime la présidente socialiste de la région Occitanie, Carole Delga.
« Est-ce que nous sommes en capacité de mettre en œuvre tout notre programme ? Ce n’est pas possible. Donc c’est soit la discorde, c’est-à-dire le chaos, soit la concorde, c’est-à-dire la responsabilité. Au PS, nous devons être responsables, juge le maire de Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), Karim Bouamrane. Il faut qu’on arrête avec la politique de la petite semaine. » Pêle-mêle, ces opposants souhaitent que la gauche rouvre les discussions avec le chef de l’Etat en vue de la constitution d’un gouvernement et refusent que les quatre groupes du NFP dans l’hémicycle s’opposent à un exécutif qui défendrait quelques lois de gauche, comme une aide pour l’achat des fournitures scolaire, un plan pour les victimes de violences conjugales, des mesures consacrées au handicap ou sur le logement.
Cette aile droite du parti est soutenue par tout ce qu’il reste d’éléphants socialistes : l’ancien Premier secrétaire Jean-Christophe Cambadélis, l’ex-ministre hollandais Stéphane Le Foll, le patron du groupe PS au Sénat, Patrick Kanner, l’ancien maire d’Argenteuil (Val-d’Oise) Philippe Doucet, l’ex-député des Bouches-du Rhône Patrick Mennucci, l’ancien sénateur David Assouline et l’eurodéputé Jean-Marc Germain. En bref, une moitié du PS. Assez pour fragiliser sérieusement le Nouveau Front populaire.
Emmanuel Macron cherche des soutiens au PSEmmanuel Macron et les siens ont bien identifié la brèche. Ils pourraient donc donner des gages à cette frange de la gauche pour obtenir quelques soutiens à un gouvernement de coalition. Le « pacte d’action » concocté par le président du groupe Ensemble pour la République (EPR, ex-Renaissance), Gabriel Attal, et les deux
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