Lou Trotignon : « J’ai voulu montrer que la transidentité pouvait être joyeuse »
Sur scène ou en manif, l’humoriste queer utilise l’humour comme un outil politique et d’éducation populaire. Son spectacle, Mérou, dont la tournée a repris en septembre, s’adresse à toutes et tous.
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© Maxime Sirvins
Lou Trotignon est né le 14 juillet 1997 à Rambouillet (Yvelines). Après avoir été stripteaseur pour gagner sa vie, l’humoriste commence le stand-up en 2020, à La Mutinerie, où il organise des ateliers d’écriture et un plateau d’artistes. À la même période, il entame sa transition, processus qu’il raconte dans son premier spectacle, Mérou. Il fait partie d’une nouvelle génération d’humoristes et militants queers.
Comment faites-vous pour transformer en humour vos expériences personnelles ?
Lou Trotignon : Je crois que le plus important est d’avoir du recul sur la situation parce qu’il ne s’agit pas de tenir un discours thérapeutique pour soi-même face au public. Il faut que ce soit transformé. Néanmoins, j’utilise l’humour pour parler des choses qui m’arrivent, qui ont été difficiles ou qui m’ont paru absurdes. Par exemple, les normes de genre. Au moment de l’écriture, je pars toujours de mes émotions, de quelque chose que je veux absolument dire et qui n’a pas été abordé.
À l’origine le stand-up est un art d’éducation populaire.
Comme le fait d’avoir un regard bienveillant sur la transidentité ou de considérer le BDSM (1) comme une pratique parmi d’autres. Je pars de ce message-là et, ensuite, c’est un travail d’équipe avec mon coauteur et mes collaborateurs artistiques. Et là, on écrit ensemble, on réfléchit à quel genre de blagues on peut faire. La réflexion majeure, c’est comment faire des blagues que tout le monde comprenne, mais qui ne fassent pas rire au mauvais endroit.
Les personnes avec lesquelles vous travaillez sont-elles queers (2) ?
Oui, mais ce n’est pas une volonté particulière. Mon metteur en scène, Amiel Maucade, est mon meilleur ami, une personne queer, palestinienne. C’est quelqu’un qui m’apporte un point de vue que je n’ai pas en tant que personne blanche. Ma collaboratrice artistique, Sandra Calderan, est gouine, rurale, daronne et précaire. Elle m’apporte aussi un autre point de vue vis-à-vis de la classe. Il y a des choses que les personnes non queers ne peuvent pas comprendre dans l’accompagnement artistique et personnel. Par exemple, il y a des moments durant lesquels j’ai senti que les gens ne rigolaient pas. Ce n’était pas à cause des blagues, mais de mon identité.
En quoi l’humour est-il un outil pédagogique ?
L’humour est un bon moyen pour parler de transidentité. Parce qu’à l’origine le stand-up est un art d’éducation populaire. Quand ma sœur a fait son coming out, avant que je ne le fasse moi-même, j’ai pris conscience que je ne connaissais rien à la transidentité. J’ai fait beaucoup d’erreurs, on en a beaucoup discuté. Je comprends les gens qui ne comprennent pas, parce qu’en fait il y a peu d’informations.
Dans votre spectacle, vous précisez qu’il existe une multiplicité de transitions. Pourquoi était-ce important pour vous de mentionner cette diversité d’expériences ?
Pendant longtemps, j’avais honte de dire que je n’étais pas sûr de mon genre et que je me questionnais souvent. J’avais l’impression d’être tout seul. De ne pas être normal, d’être bizarre. Et je me suis dit que j’allais le dire sur scène. Cela a fonctionné, parce que le fait de ne pas savoir exactement qui on est n’est pas quelque chose qui relève seulement de la transidentité.
Je suis juste un échantillon d’une communauté très multiple.
Et puis, souvent, le discours sur la transidentité, c’est : « On le sait depuis qu’on a 3 ans, on souffre énormément, notre vie est extrêmement triste. » J’ai voulu montrer que, par ailleurs, la transidentité pouvait être joyeuse, qu’elle pouvait venir plus tard. Océan (3), par exemple, avait une quarantaine d’années quand il a fait son coming out. Il n’y a pas une seule histoire de transidentité.
La communauté trans a dû construire un discours face aux transphobes pour dire que la transidentité n’était pas un choix. Mais c’est beaucoup plus complexe que ça. Par exemple, je suis non-binaire, donc, dans les faits, je pourrais aller vers la féminité aussi, mais la masculinité me protège. J’aime la masculinité. Beaucoup de personnes trans noires ne transitionnent pas vers la masculinité parce qu’elles se trouveraient ainsi en danger par rapport à la police. Il y a un
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