L’épine Cazeneuve

Le nom de l’ex premier ministre de François Hollande est parmi les plus cités pour Matignon. Un rôle de prétendant qu’il endosse bien volontiers et qui divise la gauche.

Michel Soudais  • 3 septembre 2024
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L’épine Cazeneuve
Bernard Cazeneuve, lors de la première réunion publique du parti La Convention, à Créteil, le 10 juin 2023.
© Behrouz MEHRI / AFP

Et si c’était lui ? Xavier Bertrand ? Bernard Cazeneuve ? Dans l’interminable feuilleton que nous impose Emmanuel Macron depuis qu’il a perdu les législatives, le président de la région des Hauts-de-France et le dernier premier ministre de François Hollande sont le plus souvent cités. Le premier satisferait le parti de Laurent Wauquiez, le second, en endossant bien volontiers le rôle d’un prétendant à Matignon, divise la gauche.

La perspective de la possible nomination de Cazeneuve a suffi à ragaillardir les courants du PS hostiles à l’alliance avec LFI.

Ce qui n’est pas pour déplaire au maître de l’Élysée. Ce dernier hésitait toutefois encore mardi sur le choix de celui qui serait son meilleur collaborateur. Car, malgré sa défaite, le président n’envisage de cohabiter qu’avec un premier ministre qui le laisse libre de choisir les titulaires des portefeuilles des Affaires étrangères, des Armées, de l’Intérieur et de Bercy. Qui lui permettra de garder l’essentiel des commandes et n’abrogera pas la réforme des retraites.

Qu’en pense Bernard Cazeneuve ? Lors de son entretien d’embauche lundi à l’Élysée, il se dit que l’ex-socialiste aurait posé ses conditions, lesquelles n’auraient pas reçu l’approbation du patron. Qu’à cela ne tienne. La perspective de sa possible nomination a suffi à ragaillardir les courants du PS hostiles à l’alliance avec La France insoumise, fin prêts à tourner la page Lucie Castets et à oublier le programme du NFP.

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Car s’il est un reproche qu’on ne peut faire à Bernard Cazeneuve, c’est de changer. « Garder la ligne, c’est le combat de ma vie », disait-il dans La Syndicaliste, le livre enquête de la journaliste de l’Obs Caroline Michel-Aguirre, adapté au cinéma. Celui qui n’était encore que ministre délégué aux Affaires européennes parlait ainsi du soin qu’il portait à son apparence et à son régime pour ne pas devenir un « petit gros », son pire cauchemar.

Mais cette confession vaut aussi pour sa ligne politique dont on cherche en vain où elle aurait pu varier. Monté en grade sous le quinquennat de François Hollande, avec la politique duquel il n’a jamais pris ses distances y ayant participé activement à différents postes (Affaires européennes, Budget, Intérieur, Matignon) jusque dans ses aspects les plus répressifs. Et c’est bien ce que lui reproche la grande majorité de la gauche, des insoumis aux écologistes en passant par les communistes et les syndicalistes.

Comment imaginer un seul instant qu’avec de telles positions Bernard Cazeneuve puisse engager la rupture avec la politique macroniste voulue par les électeurs ?

Il y a deux ans, après avoir claqué la porte du PS à qui il reproche de s’être laissé « toutouiser » par Mélenchon, il publie un « Manifeste pour une gauche sociale-démocrate, républicaine, humaniste et écologique » cosigné par 400 personnalités, dont la quasi-totalité des opposants à Olivier Faure mais aussi d’ex-élus PS passés à la Macronie puisqu’il s’agit de rassembler « les sociaux-démocrates des deux rives ». Suit, en février 2023, le lancement d’un mouvement baptisé La Convention qui renoncera à présenter une liste aux élections européennes, le PS ayant opté pour l’autonomie.

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À l’annonce de la dissolution, il appelle sur le réseau X au « rassemblement de la gauche de gouvernement et, au-delà, de tous les républicains ardents pour conjurer le chaos », rassemblement qui « ne peut pas se faire avec LFI ». Dans Le Point, il canonne le Nouveau Front populaire, soutient en meeting les ex-PS Olivier Falorni, membre du groupe MoDem, et David Habib du groupe Liot, et cosigne avec Manuel Valls une tribune assurant que leur « voix ne se portera ni sur un candidat RN ni sur un candidat LFI ». Comment imaginer un seul instant qu’avec de telles positions Bernard Cazeneuve puisse engager la rupture avec la politique macroniste voulue par les électeurs ?

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