En Sicile, le manque d’eau crée la spéculation

Touchée par une sécheresse historique, l’île italienne est plongée en état d’urgence depuis le mois de mai. Face à l’absence totale d’anticipation des autorités, tous les habitants ne sont pas logés à la même enseigne.

Augustin Campos  et  Stefanie Ludwig  • 25 septembre 2024 abonné·es
En Sicile, le manque d’eau crée la spéculation
Le lac Pozzillo, le plus grand de Sicile, n’est plus qu’une grande flaque. Il compte à peine plus de 4 millions de mètres cubes d’eau.
© Augustin Campos

"Tous les trois jours, nous nous retrouvons sans eau." Selene s’attarde pour témoigner, avant de filer au travail. Cette vendeuse dans un magasin de jouets, aux longs cheveux noirs et bouclés, habite avec ses parents, son frère et sa sœur. Chez eux, la douche est un luxe que l’on ne peut se permettre très souvent. « Quand je rentre du travail en sueur – par plus de 30 °C tous les jours –, c’est très désagréable de ne pas avoir d’eau. »

À cinq dans leur logement, Selene et sa famille ont une capacité de stockage de 1 500 litres dans leurs réservoirs. Bien trop peu. « Souvent, on ne peut pas manger de pâtes, car on doit économiser l’eau, ou alors on les fait cuire avec de l’eau en bouteille », raconte la jeune fille, le visage soudain sombre. Nous l’avions rencontrée un jour où il faisait très chaud, fin mai. Depuis, il n’a toujours pas plu à Caltanissetta.

Souvent, on ne peut pas manger de pâtes, car on doit économiser l’eau.

Selene

Dans cette ville de 60 000 habitants au centre de la Sicile, tout le monde ne souffre pas de la pénurie d’eau qui touche l’île depuis le printemps. Selon le quartier où l’on vit, la fiabilité de son raccordement à l’eau courante et ses propres ressources, le quotidien n’a pas la même saveur. Maria l’assure d’emblée : « Nous n’avons pas de problème avec l’eau. » La quinquagénaire au visage sérieux ne se souvient « même pas des dernières coupures d’eau », qui ont pourtant eu lieu deux semaines avant. Cette prospère commerciale vit avec son mari et leur fils dans une villa en périphérie de Caltanissetta.

Chez eux, l’eau arrive sans difficulté pour remplir les « nombreux réservoirs », dont « six jamais vides ». Des milliers de litres. « On fait un peu attention, par civisme, mais comme on n’en manque jamais,

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