COP 16 : « Les élus et décideurs sont peu sensibles aux questions de biodiversité »

Le 21 octobre s’est ouverte la COP16 sur la biodiversité à Cali, en Colombie, jusqu’au 1er novembre. Une conférence moins médiatisée que celle sur le climat, mais qui traite pourtant d’un sujet central. Entretien avec Philippe Grandcolas, écologue et directeur adjoint scientifique de l’institut CNRS Écologie & Environnement.

Élise Leclercq  • 24 octobre 2024 abonné·es
COP 16 : « Les élus et décideurs sont peu sensibles aux questions de biodiversité »
Un indigène brésilien, au Pacific Event Center à Cali, en Colombie, le 20 octobre 2024.
© JOAQUIN SARMIENTO / AFP

Quelle est la situation aujourd’hui pour la biodiversité ? Comment a-t-elle évolué ? 

Philippe Grandcolas : Aujourd'hui, nous sommes dans un moment de crise qui va en s'accélérant. Il y a vraiment un parallèle assez frappant avec la crise du climat. Ce n'est pas seulement l’interrelation entre le climat et la biodiversité, mais aussi l'effet de l'industrialisation de nos sociétés, et des pressions qui seront exercées sur les écosystèmes. Il y en a cinq : la disparition des habitats, la surexploitation, le changement climatique, les pollutions, et le transport d'espèces exotiques.

Cette accélération a été parfaitement synthétisée dans le rapport publié par l’IPBES en 2019. Malheureusement, la plupart des gens n’ont retenu qu’un élément de communication sur la crise d'extinction. Le souci est que cette crise est perçue uniquement comme un problème éthique : on va perdre des espèces et c’est grave. Effectivement, on n'a pas le droit de disposer d'organismes qui ne nous appartiennent pas.

Mais il ne faut pas que l'arbre cache la forêt, et que les gens pensent que c’est l’unique problème. Il y a des risques naturels qui découlent des effondrements de populations avant même les extinctions. Et il y en a beaucoup. Si vous avez supprimé la végétation et que vous avez des extrêmes climatiques, comme des sécheresses, ou des événements pluvieux, vous allez exacerber le résultat car 60% de l'eau de pluie se trouve dans la végétation. 

La biodiversité est puissante, mais on ne le perçoit pas. 

Pourquoi la biodiversité est-elle moins considérée que le climat ? 

À la base, il y a un problème de représentation culturelle dans nos sociétés occidentales de la notion de biodiversité. Le Giec, groupe d’experts intergouvernemental sur le climat, est né avant l'IPBES qui s'occupe, elle, de la biodiversité. Le mot climat est aujourd’hui connu de tous. On regarde la météo à la télé, on croit savoir ce qu’est le climat. Mais le terme biodiversité est plus récent. Malheureusement c’est un cercle vicieux. Comme l'IPBES a été créé après le Giec, les élus et les décideurs sont moins sensibles à cette problématique. De fait, on l'envisage moins. J'ai d’ailleurs écrit un livre intitulé La puissance de la biodiversité, pour faire comprendre que la biodiversité est puissante, mais qu'on ne le perçoit pas. 

Quels sont les enjeux de cette COP ? Y-a-t-il un réel pouvoir d'action

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