« Surréalisme » : celles qu’on avait effacées
Comme Surréalisme, qui se tient au Centre Pompidou, de plus en plus d’expositions révèlent au public des femmes artistes longtemps mises au ban de l’histoire des arts.
dans l’hebdo N° 1833 Acheter ce numéro

© Digital image, The Museum of Modern Art, New York/Scala, Florence/ Adagp, Paris, 2024
"Le Surréalisme était un champ d’émancipation, c’est pourquoi autant de femmes l’ont rejoint. » Cette explication de Marie Sarré, la commissaire de l’exposition Surréalisme, actuellement au Centre Pompidou, pourrait surprendre les habitués du musée : il y a vingt-deux ans, lors du dernier accrochage consacré au mouvement, seules trois œuvres signées par des femmes y étaient alors exposées.
On ne peut pas vraiment faire une nouvelle histoire de l’art. En revanche, on peut refaire l’historiographie.
M. SarréDepuis, tout ou presque, a changé. La voix d’une actrice interprétant Simone Breton lisant l’inventaire de la Centrale surréaliste berce l’entrée dans la salle et donne le ton : près d’une quarantaine d’œuvres créées par des femmes sont à découvrir. « La qualité majeure de l’exposition est de les montrer à égalité avec leurs homologues masculins, comme c’était le cas à partir des années 1930 dans les expositions internationales, avant l’écriture de l’histoire du mouvement », estime Marie Sarré.
Son débit trahit sa passion lorsqu’elle mentionne les artistes visibles, notamment la peintre et théoricienne de l’occultisme Ithell Colquhoun, qu’elle admire par-dessus tout. « Beaucoup de visiteurs nous disent ignorer que les femmes étaient aussi présentes », observe la spécialiste. Leur retour sur les murs parmi les plus prestigieux de l’Hexagone n’est pas tant le fruit d’un long travail de recherche – les documents montrant leur présence sont très nombreux –, que celui d’une profonde réécriture de l’histoire des arts.
« On ne peut pas vraiment faire une nouvelle histoire de l’art. En revanche, on peut refaire l’historiographie, c’est-à-dire la relecture la plus juste possible de l’histoire de l’art », précise Marie Sarré. Un travail entamé il y a déjà plus de quarante ans par Griselda Pollock, coautrice britannique, avec Rozsika Parker, de Maîtresses d’autrefois – Femmes, art et idéologie (1), publié en 1981, traduit en français au printemps dernier, traitant de la disparition des femmes de l’histoire de l’art.
« Le livre d’Ernst Gombrich (Histoire de l’art, publié en 1950, N.D.L.R.) est sans aucun doute le livre d’histoire le plus lu, avec plus de 8 millions d’exemplaires vendus, et le plus traduit, rappelle l’historienne. Pourtant, il ne mentionne qu’une seule femme, et encore, pour dire qu’elle était très faible. » Cette bible de la discipline a donc laissé une trace durable dans la manière d’aborder la place des femmes dans l’art. « Il faut résister à cette idée de 'découverte' car ces artistes étaient très connues aux XVIIIe et XIXe siècles, suggère Griselda Pollock. Elles ont été volontairement effacées au siècle dernier dans une volonté réactionnaire et machiste par rapport aux révoltes féministes de l’époque. »
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