De La Soul n’est pas mort
Alors que son catalogue, longtemps absent des plateformes de streaming, y est désormais disponible, le légendaire groupe de rap s’apprête à monter sur scène au Zénith de Paris.
dans l’hebdo N° 1830 Acheter ce numéro

© Eric Dervaux / Hans Lucas / AFP
Il y a une dizaine d’années est apparu un slogan : « Le rap, c’était mieux avant. » Décortiqué dans des podcasts ou sur des chaînes YouTube, imprimé sur des tee-shirts, celui-ci est incanté par les nombreux fans de hip-hop qui déplorent les transformations contemporaines de cette musique : absence de conscientisation du rap d’aujourd’hui, disent-ils, utilisation parfois excessive d’effets sur les voix, manque d’engagements dans les paroles, manque d’humour également et, enfin, individualisation des créations alors que le rap des premiers temps n’aurait été qu’effort collectif et communautaire.
Nostalgie des quadragénaires et quinquagénaires, ce rap des premiers temps se trouve alors incarné par de nombreux groupes, éclos à la fin des années 1980, dont De La Soul, qui sera en concert à Paris le 4 octobre. Originaire d’Amityville, petite cité de la presqu’île de Long Island à proximité de New York, le groupe est né, comme bon nombre de ses pairs, dans un lycée. Là, se rencontrent trois adolescents qui, après les cours, bidouillent des sons, coupent et agencent des échantillons.
Avec leurs noms de scène Trugoy The Dove, Posdnuos et Pasemaster Mase, les trois ados deviennent De La Soul et s’attirent les faveurs d’un producteur, Prince Paul, qui les accompagnera sur leurs trois premiers disques. 3 Feet High And Rising, l’album inaugural de De La Soul connaîtra un succès immense, avec pour figure de proue le single Me Myself and I, contenant un sample reconnaissable entre mille signé Funkadelic.
https://www.youtube.com/watch?v=jdtKT5q-CW8À sa sortie en 1989, ce premier album place les trois artistes dans une position à part dans le monde du hip-hop. Ils en occupent à la fois le centre, rejoignant rapidement le collectif Native Tongues qui les lie à des artistes comme A Tribe Called Quest ou Queen Latifah, et les marges, du fait de l’esthétique qu’ils semblent privilégier dans leur création.
Le look des membres de De La Soul et les visuels choisis pour l’album contrastent avec ceux du rap vindicatif de la fin des années 1980, incarné par un groupe comme Public Enemy. Sur la pochette, ils figurent sur un fond jaune, entourés de fleurs symbolisant ce qu’ils aiment décrire comme le D.A.I.S.Y. (marguerite en anglais), acronyme de Da Inner Soul Y’All, maxime invitant l’audience et les Africains-Américains en particulier à refaire corps avec leur essence culturelle.
Cette esthétique alternative sera pour De La Soul une marque de fabrique en même temps qu’un boulet dont le groupe cherchera à se débarrasser. Pour la presse d’alors, pour l’industrie de la musique, De La Soul est le groupe de hip-hop hippie du
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