« Maître obscur », l’IA dans le rétro

Première création avec des acteurs français du Japonais Kurō Tanino. Par le biais d’un dispositif subtil et un univers étrangement rétro, celui-ci met en scène notre rapport à l’intelligence artificielle.

Anaïs Heluin  • 9 octobre 2024 abonné·es
« Maître obscur », l’IA dans le rétro
Dans un appartement des années 1960-1970, cinq esclaves des nouvelles technologies tentent en vain de communiquer.
© Jean-Louis Fernandez

Dans les créations qu’il présente en France depuis que le Festival d’automne à Paris l’y invite, Kurō Tanino déploie des univers qui, bien qu’ancrés dans des territoires reculés du Japon, succombent à la tyrannie de la modernité. Dans la première que nous avons découverte, Avidya, l’auberge de l’obscurité (2018), sept comédiens incarnent une petite communauté hétérogène isolée dans une auberge de cure thermale en bout de course. Une voie de chemin de fer va être construite, rasant sur son passage non seulement des lieux mais aussi des manières de vivre ensemble, des métiers et des gestes quotidiens d’anonymes, tous plus ou moins marginaux.

Ces gestes sont au cœur du théâtre de cet auteur et metteur en scène majeur de la scène japonaise contemporaine. Révélateurs du monde dans lequel ils s’inscrivent, de ses endroits d’oppression et de ses quelques îlots de liberté restants, ils forment l’essentiel de The Dark Master (2018) puis de La Forteresse du sourire (2021). Ils sont de nouveau au premier plan de Maître obscur, créé en ce début de saison au Théâtre de Gennevilliers – T2G (dans le cadre du Festival d’automne), dont le directeur, Daniel Jeanneteau, et son équipe ont développé une complicité forte avec l’artiste japonais.

Cette nouvelle pièce est d’ailleurs le fruit de cette relation au long cours. Après avoir accueilli trois de ses spectacles, le T2G a fait de Kurō Tanino son artiste associé, l’invitant aussi à créer pour la première fois en France, avec des acteurs et des techniciens du cru. Dans un contexte de baisse des subventions qui met notamment en danger ce type d’aventure internationale, la chose est assez précieuse pour être soulignée. Maître obscur ne marque pas pour autant une rupture totale dans le travail du Japonais. Celui-ci demeure en effet fidèle à sa façon singulière de faire du théâtre, appréhendant la nouveauté comme une chose paradoxale, qui ne va jamais sans son lot de motifs et de procédés anciens.

Sur la feuille de salle du spectacle, on nous annonce ainsi une « recréation » de The Dark Master, dont la version jouée en France il y a quelques années était déjà la quatrième adaptation par le metteur en scène du manga éponyme de Haruki Izumi. Mais la pièce que l’on découvre est beaucoup plus que la transposition dans un contexte français de la création précédente, située dans un restaurant de cuisine occidentale convoité par un Chinois des plus inquiétants. C’est une réécriture totale que signe Kurō Tanino, ou plutôt une mise à jour.

L’artiste l’oblige à une écoute et un regard aigus sur ce qui advient.

Dans la cantine ultraréaliste et fascinante de The Dark Master, les recettes et autres menues actions du personnage principal – un jeune randonneur paumé, arrivé là par hasard et embauché de

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Théâtre
Temps de lecture : 8 minutes