Philippe Martinez : « La gauche porte une lourde responsabilité dans la progression du RN »

Pour Politis, l’ancien secrétaire général de la CGT revient sur le climat social actuel, critique sévèrement le pouvoir en place et exhorte les organisations syndicales à mieux s’adapter aux réalités du monde du travail.

Pierre Jacquemain  et  Pierre Jequier-Zalc  • 20 novembre 2024 abonné·es
Philippe Martinez : « La gauche porte une lourde responsabilité dans la progression du RN »
À Paris, le 15 novembre 2024, dans les locaux de Politis.
© Maxime Sirvins

Philippe Martinez  est un syndicaliste issu du secteur de l’automobile. Il a été le secrétaire général de la CGT de février 2015 à mars 2023. Avec Laurent Berger, numéro 1 de la CFDT, ils ont mené la lutte contre la réforme des retraites en 2023. Lors du dernier congrès de la CGT, sa successeure annoncée, Marie Buisson, a été mise en minorité. En cause, notamment, le rapprochement opéré par Philippe Martinez entre la CGT et des associations environnementales. Désormais retraité, il fait partie du comité d’orientation du nouveau théâtre de la Concorde, à Paris.

Budget austéritaire, déficit record, Assemblée nationale « ingouvernable »… À quoi sommes-nous en train d’assister ?

À la fin d’un cycle. Emmanuel Macron a géré le pays comme une entreprise en menant des politiques bénéficiant à une minorité au détriment de la majorité de la population. Il arrive en bout de course. Toutes les promesses qu’il avait faites, avec le « en même temps », on se rend compte que c’était du pipeau.

De nombreux plans de licenciement sont annoncés ces derniers jours partout dans le pays. Le secteur de l’automobile, que vous connaissez pour en être issu, est particulièrement touché. Comment expliquez-vous cette crise ?

Dans les années 1980, les grandes entreprises de l’automobile ont joué la carte de la mondialisation et de la croissance externe en implantant des usines partout dans le monde et en rachetant des marques, sans tenir compte des questions géopolitiques. Cela a créé des problèmes sociaux mais aussi environnementaux. Aujourd’hui, le modèle de fabrication et d’importation du secteur automobile est dramatique pour la planète. Tout cela se fait au détriment des populations, car le modèle justifie des suppressions d’effectifs dans les gros groupes – Valeo et Michelin, par exemple – mais surtout dans la sous-traitance, où le résultat sera terrible. Plein de petites PME vont disparaître ou ont déjà disparu. Je pense qu’il faut un débat global sur l’automobile, comme sur l’industrie.

À quelle échelle doit-on penser cette question dans un univers mondialisé comme le nôtre ?

Pourquoi les usines Michelin ferment-elles ? Parce que les pneus sont produits en Chine, au nom de la compétition mondiale. Cela veut dire qu’il faut réfléchir au niveau européen, et que la France doit être une force motrice de la réflexion à ce niveau. C’est ça, faire de la politique. Je vais vous donner un exemple : 50 % des investissements en France et en Europe sont des marchés publics. C’est beaucoup d’argent.

Dans chaque appel d’offres, on devrait imposer des clauses sociales et environnementales.

Dans chaque appel d’offres, on devrait – et cela relève du rôle du politique – imposer des clauses sociales et environnementales. Cela pourrait passer par une directive européenne que la France impulserait. À la CGT, cela fait dix ans que nous le demandons. Ce n’est pas du protectionnisme à la Trump. C’est du protectionnisme social et environnemental qui permet aux autres pays, où ces clauses ne sont pas mises en place, de se mettre au niveau socialement et écologiquement.

Vous mettez beaucoup en avant le rôle du politique dans la question industrielle. Or Emmanuel Macron n’arrête pas de vanter sa dynamique de « réindustrialisation » du pays. Comment qualifieriez-vous ces politiques menées par le chef de l’État ?

Prenons le cas de l’usine de la Chapelle-Darblay. Une très vieille usine qui récupère le papier trié et le recycle. En plus de cette activité, il y a une centrale de biomasse, alimentée par les déchets tels que l’encre, qui permet de chauffer une agglomération comme Rouen. C’est donc une vieille industrie qui, avec des investissements, devient une industrie d’avenir et écologique. Depuis

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter quotidienne :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)

Pour aller plus loin…

Sous-traitants d’EDF : les sacrifié·es du parc nucléaire français
Enquête 16 septembre 2026 libéré

Sous-traitants d’EDF : les sacrifié·es du parc nucléaire français

Chaque année, pour faire fonctionner les dix-huit centrales du pays, entre 20 000 et 40 000 sous-traitant·es sont employé·es par EDF pour les activités de maintenance. Une main-d’œuvre indispensable fortement exposée à la radioactivité et trop peu protégée, écoutée.
Par Céline Martelet
Loi intégrale : « Sur certaines questions, nous ne pouvons pas faire de compromis »
Entretien 15 septembre 2026 abonné·es

Loi intégrale : « Sur certaines questions, nous ne pouvons pas faire de compromis »

Lancées avant l’été, les mobilisations autour de la loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles ont repris partout en France. Emmanuelle, du collectif #NousToutes, et Suzy Rojtman, du Comité national pour les droits des femmes, participent à deux initiatives distinctes, qui mettent en exergue les dissensus au sein du mouvement féministe.
Par Salomé Dionisi
« Le Rassemblement national souhaite déligitimer la Constitution »
Entretien 9 septembre 2026 abonné·es

« Le Rassemblement national souhaite déligitimer la Constitution »

Le RN a réinjecté dans le débat public sa proposition visant à « sanctionner » le port du voile. S’est ensuivi un débat sur l’inconstitutionnalité de cette mesure, quitte à en éluder le caractère raciste. Mais peut-on compter sur nos institutions pour garantir droits et libertés ? L’analyse de Stéphanie Hennette Vauchez, professeure de droit public.
Par Pauline Migevant
Utopia 56 : « C’est la politique globale à la frontière qui tue »
Entretien 1 septembre 2026 abonné·es

Utopia 56 : « C’est la politique globale à la frontière qui tue »

En novembre 2021, le naufrage d’une embarcation dans la Manche tuait 31 personnes migrantes. Mardi 8 septembre s’ouvre le procès de 14 passeurs. Les militaires mis en examen pour non-assistance à personne en danger font l’objet d’une procédure distincte. Raphaëlle, d’Utopia 56 invite à se questionner sur « le régime des frontières ».
Par Pauline Migevant