Fleur Breteau : « Transformer la colère en action collective est un premier pas vers la guérison »

À 50 ans, elle bataille contre son deuxième cancer du sein et lutte avec le collectif Cancer Colère pour donner une voix aux malades et politiser la santé.

Vanina Delmas  • 4 février 2026 abonné·es
Fleur Breteau : « Transformer la colère en action collective est un premier pas vers la guérison »
© Astrid di Crollalanza

Fleur Breteau est la fondatrice et porte-parole du collectif Cancer Colère, qui réunit des malades, leurs aidants, des ex-malades, des personnes exposées au risque du cancer, soit tout un chacun. Ce collectif souhaite un moratoire européen sur les pesticides et les engrais de synthèse ainsi qu’un soutien technique et financier pour les agriculteurs engagés dans une transformation agroécologique.

J’imagine que les malades du cancer et les aidants sont traversés par beaucoup d’émotions. Pourquoi la colère a-t-elle gagné chez vous ?

Fleur Breteau : J’ai longtemps eu un sentiment d’impuissance face au cancer : lors de mon premier cancer du sein, face à mes proches qui ont eu des cancers, face à la mort d’un de mes meilleurs amis… Avec mes amis, on en rigolait quand même, on appelait ça le « Cancer Comedy Club ». Mais, avec mon deuxième cancer, ce n’était plus pareil : j’en ai eu ras le bol, et j’ai commencé à parler aux malades autour de moi. Je ne pouvais pas m’empêcher de me demander ce qu’ils faisaient là, qui, dans le groupe, était atteint d’un cancer : la femme âgée ou le jeune de 20 ans ? Quand on croise de plus en plus de personnes concernées d’à peine 30 ans, des mouflets au crâne chauve et des gamins en poussette, ça bouscule.

Quand j’ai vu tous ces élus se réjouir d’avoir voté pour la loi Duplomb, la colère a jailli.

Puis, l’an dernier, quand j’ai vu tous ces élus se réjouir d’avoir voté pour la loi Duplomb, la colère a jailli. Toutes mes peurs liées à la solitude face à la maladie, à la perte de mon emploi, à la mort se sont cristallisées, comme si j’étais une super-héroïne. Cette colère est finalement très saine. C’est le sentiment d’impuissance qui fait moisir nos émotions et est néfaste dans le parcours thérapeutique. Ce sentiment empêche l’action envers soi-même, envers ses proches, ainsi que l’action citoyenne et politique.

Être en colère et la transformer en action collective est un premier pas vers la guérison. Toute la question était : que faire de ma colère ? Ce sentiment change le regard : d’un coup, le pouls et le rythme cardiaque s’accélèrent, on réfléchit en accéléré, on est attentif à tout ce qu’on lit et entend… On est en alerte et plus à même de s’informer, d’aller chercher les chiffres et de se mettre en mouvement.

Vous étiez déjà politisée et sensible à l’écologie. Pourtant, vous avez réellement découvert les rouages de l’industrie agrochimique avec la loi Duplomb. La fabrique de l’ignorance est donc encore très puissante, malgré les nombreuses études scientifiques montrant la dangerosité des pesticides…

Comme beaucoup de gens, j’avais entendu parler de la toxicité des pesticides, j’avais lu un bout du livre de Rachel Carson Printemps silencieux, j’avais l’intuition d’un système toxique. Mais, l’année dernière, j’ai découvert toutes les études existantes, tous les chiffres, et cela a confirmé mon intuition que tout est lié. J’ai compris que les comportements individuels ne sont pas en cause et qu’au moins 50 % des cancers ont des causes environnementales. J’ai réellement pris conscience que le cancer est une épidémie, mais que ce sont les politiques qui nous ont rendus malades en autorisant l’empoisonnement généralisé dans les sols, l’eau, l’alimentation, le cadre de travail, les lieux d’habitation…

Quand j’ai assisté à la séance parlementaire sur le vote de la loi Duplomb, j’ai vu la place que prenait le mensonge dans l’hémicycle, j’ai vu à quel point ces élus peuvent mentir honteusement et dire des choses sans citer leurs sources. Ils appuient sur le détonateur pour activer les maladies qui touchent toute la population ! Je dois l’admettre, la fabrique de l’ignorance m’a touchée aussi, donc j’ai découvert de manière très violente un système qui était de l’ordre de l’inimaginable.

Par exemple, j’ai découvert que l’agrochimie fabrique des pesticides et des traitements contre le cancer ! Nos corps malades rapportent de l’argent à toute une chaîne de laboratoires et alimentent le système de privatisation de la santé. Dans certaines régions, on est obligé de se faire soigner dans des centres d’oncologie privés. C’est sidérant !

Le 12 janvier, vous avez participé à une action aux côtés de la Confédération paysanne et des Soulèvements de la Terre, en soutien au mouvement de colère agricole et contre le traité UE-Mercosur. Pourquoi cette alliance est-elle primordiale aujourd’hui ?

Nous sommes intrinsèquement liés à ce que les agriculteurs et les éleveurs indépendants vivent et subissent. Depuis quelques mois, des textes sont votés, au niveau national et européen, qui donnent carte blanche aux industriels : la loi Duplomb, la loi OGM, l’accord commercial avec le

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