L’intimité de l’histoire
L’historienne Saidiya Hartman brosse le portrait littéraire de femmes noires rebelles et résistantes.
dans l’hebdo N° 1835 Acheter ce numéro

© AFP
En 1896, le sociologue africain-américain W.E.B. Du Bois mène des recherches dans le quartier noir de Philadelphie. Son étude, travail pionnier de sociologie urbaine, s’appuie sur des entretiens et sur l’observation. Il s’agit de décrire la situation d’extrême pauvreté des populations noires et de démontrer la corrélation entre race et classe.
La condition des Noirs en Amérique du Nord n’est pas due à ce qu’on imaginait alors comme des prédispositions biologiques. Bien au contraire, c’est tout un appareil politique, économique et social qui place les Africains-Américains au plus bas de l’échelle sociale et les amène à intégrer les assignations qui découlent de leur oppression. En cherchant à mettre en avant un modèle explicatif du racisme et de ses effets, Du Bois trie ses données et retient celles qui donnent du sens à ses analyses. Il met en avant des trajectoires et minimise, voire fustige, les destins les plus marginaux qui pourraient fragiliser ses réflexions.
Plus d’un siècle plus tard, ces destins – figures radicales, femmes, queers – sont les personnages du livre de Saidiya Hartman, Vies rebelles. On y rencontre Gladys, Jackie et Mabel, artistes engagées, Esther, l’oisive par choix, des activistes, mais aussi des ouvrières, des blanchisseuses,
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