La ménopause, bouffées de valeur

Si la parole s’est libérée autour de cette période de la vie située vers la cinquantaine, les femmes la vivent-elles pour autant dans une réelle liberté ? Une propagande efficace les transforme en proies rêvées pour le marketing pharmaceutique.

Élise Thiébaut  • 26 novembre 2024 abonné·es
La ménopause, bouffées de valeur
© DR

C’est un marché mondial qui représenterait 22 milliards d’euros à l’horizon 2030. Avec une pyramide des âges qui tend à s’inverser, le nombre de femmes de plus de 50 ans a fortement augmenté : elles seraient un milliard dans le monde, 14 millions en France. Si le tabou de la ménopause commence à être levé dans les pays occidentaux, la perspective de sa prise en charge attise aussi des intérêts économiques. Et l’information réclamée à raison par les concernées devient propagande. Pas toujours pour le meilleur.

La génération qui entre aujourd’hui en périménopause (entre 45 et 55 ans) a connu la vague #MeToo de 2017 : depuis sept ans, les violences sexuelles et sexistes ont fait irruption dans l’espace public, mais aussi dans nos mentalités. On a pulvérisé le tabou des règles, investi les réseaux sociaux de nos intimités, écouté les podcasts de Lauren Bastide, Charlotte Bienaimé ou Victoire Tuaillon. On a testé les cups, les culottes menstruelles, le womanizer. On a parlé charge mentale, sexuelle et contraceptive, hétéronormativité et consentement.

On a découvert le clitoris en 3D, le microbiote vaginal, les pouvoirs de l’utérus, les mystères de la vulve, les contours de l’hymen et la magie du sang menstruel, parfois même la jouissance fontaine et l’orgasme prostatique, et on a dénoncé les violences gynécologiques et obstétricales, encore hélas trop nombreuses. Bref, on a pris ce que la philosophe Camille Froidevaux-Metterie appelle « le tournant génital du féminisme », en récupérant nos corps, nos cycles, nos sexualités et nos vécus.

Et voilà qu’on se retrouve un matin avec des bouffées de chaleur, des douleurs articulaires, des insomnies à répétition et des cycles en dents de scie, sans parler de ce « brouillard mental » qui semble frapper n’importe quand, tandis que la libido joue les filles de l’air et que l’hydratation vaginale laisse à désirer.

C’est aussi l’âge où on a le plus de risques d’être concernée par le cancer (notamment du sein) et les maladies cardiovasculaires, et qu’on est mise de côté au travail, tandis qu’on doit s’occuper de parents très âgés ou malades. Un tournant dans la vie qui est, rappelle la sociologue Cécile Charlap, socialement construit dans les sociétés occidentales : toutes les cultures ne voient pas la ménopause comme une catastrophe, et au Japon le mot n’existe même pas.

Les stéréotypes genrés sont violents pour les femmes vieillissantes, perçues comme périmées.

Sur les réseaux, les témoignages se multiplient en mode « Quoi, on ne m’a pas prévenue ! Pourquoi personne n’en parle ? » Et pour cause : les stéréotypes genrés sont violents pour les femmes vieillissantes, considérées de façon systémique comme périmées et peu attractives. Quand on a passé sa vie à subir des injonctions indexant sa valeur à la capacité de correspondre au stéréotype associant séduction et jeunesse, il est logique que la fin des règles soit perçue comme une mauvaise nouvelle.

La journaliste Claire Fournier, qui anime le podcast « Chaud

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