Écologie : « En France, nous voyons un réseau d’entraide entre les luttes se former »
Le chercheur Gaëtan Renaud a mené pendant huit mois une enquête auprès des collectifs citoyens qui ont bataillé et gagné face à des grands projets imposés et polluants entre 2014 et 2024. Il nous livre un panorama de ces dix années de luttes locales qui ont fait bouger quelques lignes. Entretien.

© Maxime Sirvins
La victoire contre le poulailler industriel de Langoëlan, contre une mine d’or au Pays basque, contre une scierie industrielle dans le Limousin, contre un méthaniseur XXL en Loire-Atlantique… L’association Terres de luttes publie un rapport intitulé Quand la lutte l’emporte, qui répertorie 162 victoires de luttes locales entre 2014 et 2024 contre des projets imposés et polluants. Soit 14 000 hectares de terres agricoles ou naturelles préservées et quinze milliards d’euros d’investissements publics et privés économisés.
Pour cette enquête, le chercheur indépendant Gaëtan Renaud, a interrogé 42 collectifs et s’est appuyé sur le travail de recherche mené par l’équipe de la revue Silence et deux chercheurs de l’ENS, Juliette Piketty-Moine et Gaëlle Ronsin, sur les victoires des luttes écologiques en France entre 1970 et 2022.
Quels sont les grands enseignements à retenir de ces dix ans de luttes locales ?
Gaëtan Renaud : D'abord, les profils des habitant·es mobilisé·es sont très hétéroclites. À Fournès, la lutte contre Amazon est partie de deux pharmaciens, un bûcheron, un éducateur sportif. Ils avaient des méthodes de travail complémentaires, des visions politiques différentes et ont travaillé ensemble sur le long terme. Ensuite, on observe un cocktail d'actions. C'est la fameuse diversité des tactiques (interpellation des élus, manifestations, recours juridiques, parfois de l'occupation de terrain ou des actions de désarmement…) mais avec une synchronisation, car elles sont interdépendantes : l’expertise permet d’alimenter un dossier pour un recours juridique et d’interpeller les élus, les médias ; les mobilisations permettent d’avoir des dons pour financer les recours juridiques…
Dernier point : aujourd'hui en France, nous voyons un réseau d'entraide entre les luttes se former. Cette étude n'est pas forcément un mode d'emploi des luttes locales car il n'y a pas qu'une seule manière de lutter, et de gagner, mais l'idée est de trouver un sens commun à cette hétérogénéité de victoires. Nous avons comptabilisé 162 cas de victoire contre des grands projets imposés et polluants sur les dix dernières années.
C'est important car au-delà de la dénonciation des impacts environnementaux, les opposant·es contestent également des processus décisionnels opaques et l'absence de consultations démocratiques. Or, à part Notre-Dame-des-Landes, le Larzac et Plogoff, la plupart des luttes écologistes sont tombées dans l'oubli. Comment visualiser les différents types de modes d'action et de stratégies pour y gagner si on ne connaît pas nos victoires ?
Sur ces 162 victoires, la défense de l'environnement est-elle le moteur de la lutte ?
C'est souvent un des moteurs, mais c'est plus nuancé. Les collectifs s'opposent principalement à l'artificialisation des sols et la question écologique est très importante car elle touche aux conditions de subsistance de l'économie locale. Les collectifs démontrent les effets environnementaux et écologiques de ces projets, notamment sur la ressource en eau, dans l'utilisation des sols, des produits chimiques, de la pollution de l'air… Mais, surtout, ils pointent la non-pertinence du projet dans sa globalité, c'est-à-dire en prenant en compte les effets sociaux, politiques, économiques.
Par exemple, dans le cas d'Amazon, ils ont prouvé que ce sont des emplois assez précaires, qui seront robotisés dans les prochaines années, donc pas des emplois sur le territoire. Sur le plan économique, ils montrent souvent que le projet engendrera un endettement majeur et des retombées économiques minimes. Par exemple, dans le cas des bassines de la Clusaz pour créer de la neige artificielle, les militants se sont rapidement rendu compte que ce n'était pas juste la question d'une bassine, mais toute une dynamique territoriale autour du tourisme.
Un des militants m'a parlé d'un grand cercle vicieux, car derrière la neige artificielle, ce sont des promoteurs immobiliers qui n'investissent que s'il y a
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