Manuel Bompard : « Ceux qui ne censureront pas François Bayrou s’excluront du Nouveau Front populaire »
Le député et coordinateur du mouvement insoumis défend la motion de censure contre François Bayrou, critique la stratégie des socialistes d’avoir voulu négocier un compromis budgétaire avec le gouvernement. Et soutient la candidature de Jean-Luc Mélenchon à une présidentielle anticipée.
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© Maxime Sirvins
Manuel Bompard, 38 ans, est député depuis 2022. Docteur en mathématiques appliquées et un temps ingénieur avant de s’engager pleinement dans la politique, il a dirigé les campagnes présidentielles de Jean-Luc Mélenchon en 2017 et en 2022. Élu d’abord au Parlement européen en 2019 avant de siéger à l’Assemblée, ce fidèle lieutenant du fondateur de La France insoumise est coordinateur national du mouvement insoumis depuis 2022.
Estimez-vous toujours que François Bayrou n’est pas légitime à son poste ?
Manuel Bompard : Évidemment. Le Nouveau Front populaire (NFP) est le bloc politique qui dispose du plus grand nombre de députés à l’Assemblée nationale. À l’issue des élections législatives, le président de la République aurait dû nommer à Matignon notre candidate, Lucie Castets. Il a finalement nommé Michel Barnier, représentant d’un parti très minoritaire dans le pays regroupant 47 députés. Celui-ci a été censuré. Mais Emmanuel Macron s’accroche au pouvoir, en nommant François Bayrou, qui est son premier soutien. Il est tout aussi illégitime.
La pseudo-négociation en cours avec le gouvernement est une hypocrisie totale.
Pourquoi avoir annoncé le dépôt d’une motion de censure sans même attendre le discours de politique générale ?
En décembre, nous avons censuré Michel Barnier parce que sa nomination était une négation du résultat des élections législatives, parce que son budget était la pire cure d’austérité imposée au pays et parce que sa politique frappait le pouvoir d’achat des Français et poursuivait le chemin de l’irresponsabilité écologique. Les raisons qui ont présidé à la censure de Michel Barnier sont toujours là. En tant que parlementaires, nous disposons d’un outil contre un tel coup de force antidémocratique : la motion de censure.
François Bayrou a repris la copie budgétaire de Michel Barnier. Qu’est-ce que cela raconte ?
Une continuité totale avec sa politique et un mépris complet pour la démocratie parlementaire. Le fait que François Bayrou décide de reprendre la copie budgétaire issue du Sénat confirme qu’il ne s’engagera pas à modifier les orientations budgétaires ou à introduire des recettes nouvelles. Tous ceux qui font mine de croire le contraire prennent les Français pour des imbéciles. Car si l’on reprend la version du Sénat, il est inconstitutionnel d’y ajouter des dispositifs nouveaux dans le volet recettes du budget.
Dans le projet de loi de finances voulu par François Bayrou cette année, il n’y aura pas de taxe sur les milliardaires, il n’y aura pas le rétablissement de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) ou d’augmentation de la flat tax… Il n’y aura pas les propositions que le Nouveau Front populaire a défendues et fait adopter à l’Assemblée nationale. La pseudo-négociation en cours avec le gouvernement est une hypocrisie totale.
N’existe-t-il donc aucun moyen pour réorienter ce budget vers la gauche ?
Si, comme il l’a dit, François Bayrou reprend le texte issu du Sénat, il ne peut pas y avoir de débats à l’Assemblée nationale. Il y aura donc une commission mixte paritaire dans laquelle les soutiens du gouvernement seront majoritaires. Ce qui, au fond, permettra au gouvernement d’écrire sa version du budget. François Bayrou activera alors le 49.3 devant l’Assemblée. La seule manière de permettre au pays d’avoir un budget répondant aux urgences sociales et écologiques est la censure.
Nous avons été élus pour être l’alternative au macronisme, pas pour servir de béquille.
Est-ce pour ces raisons que La France insoumise (LFI) a refusé les discussions autour d’un compromis budgétaire avec le gouvernement ?
La France insoumise reste fidèle aux principes du NFP : nous avons été élus pour être l’alternative au macronisme, pas pour servir de béquille à sa continuité. François Bayrou a été membre du premier gouvernement d’Emmanuel Macron, il est l’un de ses plus fidèles soutiens depuis 2017. Comment croire qu’il puisse mettre en œuvre une autre politique que celle menée depuis sept ans ? Notre responsabilité, ce n’est pas de semer des illusions. C’est de combattre ces choix politiques néfastes pour protéger le pays de leurs conséquences. François Bayrou ne mérite qu’une seule chose, c’est la censure. Lui et son gouvernement peuvent tomber ce jeudi.
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