« Par les villages », poème pour tous
Avec sa mise en scène de la pièce de Peter Handke, Sébastien Kheroufi fait une irruption fulgurante sur la scène théâtrale.
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La pièce Par les villages, de Peter Handke, mise en scène par Sébastien Kheroufi est une de ces aventures qui prouvent avec éclat la nécessité du temps long pour la création théâtrale, aussi bien dans sa phase de recherche qu’à l’étape de la rencontre avec le public. Dès la scène d’ouverture du spectacle en décembre 2024 au Centre Pompidou, celles et ceux qui avaient eu la chance de découvrir le spectacle à sa naissance au Théâtre des quartiers d’Ivry en février de la même année constatent la transformation.
Dans le vaste hall du lieu qui s’apprête à fermer pour de longs travaux, le metteur en scène et son équipe n’ont pas reconstitué le brasier qui accueillait le spectateur ivryen aux abords du théâtre. Ils n’ont pas non plus cherché à recréer l’ambiance « cité » qui faisait alors leur préambule, porté par quelques-uns des membres du chœur d’amateurs formé par Sébastien Kheroufi. Désormais, il nous faut être bien attentif et scruter la foule pour remarquer une dizaine de jeunes gens assis sur des plots installés au milieu de carrés blancs, immobiles devant de petits transistors diffusant de la musique urbaine.
Précision du gesteDisposées en deux lignes parallèles, ces présences statiques ne sont que le premier des nombreux éléments qui témoignent de l’effort d’abstraction, d’épure, de précision du geste réalisé par le metteur en scène dans l’intervalle qui sépare ses premières dates des plus récentes. De la part de ce jeune artiste de 33 ans dont Par les villages est seulement la deuxième création – il a monté auparavant une Antigone transposée dans l’Algérie d’après-guerre, avec ses camarades issus de l’École supérieure d’art dramatique de Paris, dont il est sorti diplômé en 2021 –, cette persévérance est d’autant plus remarquable que le spectacle a été d’emblée salué par une presse unanime. Avec raison.
Très personnelle, sa mise en scène de la pièce la plus célèbre de l’auteur autrichien, écrite en 1981 et décrivant de façon ouvertement autobiographique les maux de son village natal, disait déjà avec force le désir de Sébastien Kheroufi de faire de la scène le lieu du poème pour tous. La recréation de Par les villages – c’en est une, étant donné l’ampleur des changements – que l’on peut voir à présent a la puissance de la première version, débarrassée de ses fragilités.
Peter Handke place une parole à la fois épique, poétique et concrète dans la bouche de tous les habitants du village.
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