« Les Damnés », la face cachée de la légende
Roberto Minervini montre sans idéalisation des soldats plongés dans la guerre de Sécession.
dans l’hebdo N° 1849 Acheter ce numéro

© Okta film / Les Films du losange
Hiver 1862, en pleine guerre de Sécession. Une compagnie de l’armée de l’Union a été envoyée en reconnaissance dans des régions inexplorées. La caméra est comme « embedded » (embarquée), sans cesse au plus près des soldats. C’est d’abord la banalité du quotidien qui est montrée : les longs moments d’attente, les jeux de cartes ou de base-ball, les techniques pour faire le guet, l’inspection des toutes nouvelles armes qui sortent de l’usine… Cette ambiance initiale rappelle un peu celle du Désert des Tartares, mais rien ici n’est métaphysique. Le premier plan du film montre d’ailleurs des loups dépeçant le cadavre d’un cerf. On ne peut plus charnel.
Soudain l’ennemi frappe. Ses tirs nourris s’abattent sur la compagnie, qui réplique comme elle peut. Des soldats s’abritent derrière des souches d’arbre, certains sont blessés, d’autres meurent. Loterie morbide. Les Damnés, de Robert Minervini, ne comporte aucun lyrisme de guerre. La beauté n’en est pourtant pas exclue. Quand un vieux soldat se lave dans l’eau d’une rivière, renouant ainsi avec des gestes archaïques (et, de manière infinitésimale, avec une mythologie du western). Ou dans la relation que les hommes entretiennent avec les chevaux, emplie de douceur. Les sons de la nature sont aussi très présents, et le craquement des bottes dans la neige.
Les longs métrages précédents de Roberto Minervini – des documentaires (dont What You Gonna Do When The World’s On Fire) – attestent que la vie des hommes
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