« Disco. I’m coming out » : Boogie Nights
À la Philharmonie de Paris, une exposition revient sur l’histoire des musiques et esthétiques disco entre avènement, déclin et héritages.
dans l’hebdo N° 1851 Acheter ce numéro

© Joachim Bertrand / Philharmonie de Paris
C’est l’histoire d’une musique underground qui, née dans un loft new-yorkais, s’est retrouvée propulsée sur les scènes internationales, véhiculée par des divas, Chaka Khan, Donna Summer, Gloria Gaynor, plébiscitée par Hollywood et largement commercialisée. C’est l’histoire d’une musique populaire, applaudie par les danseurs de milliers de boîtes de nuit de par le monde, adulée jusqu’à l’écœurement, qui du jour au lendemain est au cœur d’une vaste campagne de dénigrement poussant quelques-uns de ses représentants à annoncer officiellement qu’ils comptaient se dissocier du son qu’ils avaient pourtant contribué à créer.
C’est l’histoire d’une musique qui liait dans de mêmes espaces Noirs, Blancs et Latinos, hommes et femmes, homosexuels et hétérosexuels et qui, à la fin de la décennie 1970, a subi l’opprobre des Américains les plus conservateurs. C’est l’histoire, enfin, d’une génération de fêtards qui voyaient dans leurs folles soirées l’avènement d’une libération sexuelle sans cesse affichée et qui s’est trouvée frappée de plein fouet par le sida, décimée par cette maladie que l’on appelait alors la « maladie du Saint » du nom d’une des boîtes de nuit qu’ils fréquentaient.
Trajectoires du discoÀ la Philharmonie, l’excellente exposition « Disco. I’m coming out » montre avec force ces trajectoires du disco entre initiatives altruistes et délirantes des pionniers, succès fulgurant, mondialisation et commercialisation, déclin violent et héritages.
On était coupé du monde extérieur. On atteignait un état atemporel, d’oubli total.
D. MancusoOrganisée en quatre parties, l’exposition s’intéresse autant aux dimensions esthétiques du disco : des vêtements, des disques, des instruments sont exposés, des bornes interactives permettent aux visiteurs d’écouter et même de remixer des morceaux, « Le Freak » de Chic en particulier ; qu’à ses aspects techniques : on y voit des platines, des consoles, des projecteurs et des boules à facettes, on y écoute la musique de James Brown sortir des légendaires enceintes Klipschorn customisées pour les fêtes discos new-yorkaises ; qu’à ses implications politiques et sociales, à son rôle dans la renégociation des relations raciales et de genre dans les années 1970, et à son appropriation par les publics et les artistes européens qui eux-mêmes, et malgré l’aspect commercial de l’entreprise, sont parvenus, grâce à cette musique, à imposer des groupes multiraciaux – on pense au « Spacer » de Sheila dont est exposé le costume de scène.
Dans une première partie, l’exposition revient sur les origines africaines-américaines du disco en mettant en avant un double phénomène. D’un côté, explose autour des labels de Philadelphie, Philadelphia International Records, et du new-yorkais Salsoul Records, un nouveau son, moins percussif que le funk, au premier abord peu agressif, mais fondé sur des mélodies et des arrangements sophistiqués et entêtants.
Sous la houlette, entre autres, des producteurs Gamble et Huff
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