Travail social : « On craint de devenir des agents de probation »

Les éducateurs voient leurs missions se resserrer autour du contrôle et de la sanction, alors que le budget de leur secteur baisse drastiquement cette année.

Hugo Boursier  • 5 mars 2025 abonné·es
Travail social : « On craint de devenir des agents de probation »
Mobilisation nationale du secteur en septembre 2024, à Paris.
© Valérie Dubois / Hans Lucas /AFP

Apprise par la bande, la nouvelle a jeté un certain effroi. Sur les 40 millions d’euros d’économie pour le budget 2025, le conseil départemental de l’Essonne souhaite retirer 20 millions d’euros aux portefeuilles des services de santé et du social. Pour la prévention spécialisée, dans laquelle travaille l’éducateur syndiqué à la CGT Thibaud Nachin, cela représente près de 2,6 millions d’euros. Rien n’avait été annoncé avant le vote du budget, début février. Personne n’était au courant. « Un mépris total. »

Alors quand l’info lui parvient, il fait rapidement le compte : pour son secteur, cette baisse représente 40 % des moyens. « Il y a beaucoup de colère contre ce système qui fonctionne à l’envers », soupire-t-il. Ces coupes budgétaires, les travailleurs et travailleuses du social y sont confronté·es partout en France. Dans les Hautes-Alpes, les Alpes-de-Haute-Provence, dans l’Ain, les Bouches-du-Rhône, la Vienne, en Loire-Atlantique, en Gironde… Tout le secteur est touché, soit près de 1,4 million de personnes, dans les Ehpad, les crèches, les lieux de protection, la prévention, etc.

Le secteur craque sur le terrain. Et ce, depuis longtemps.

J.S. Alix

Autant de professions différentes mais cruciales dans l’accompagnement, le suivi et la protection de publics vulnérables et en difficulté. Des publics qui continuent de s’élargir ces dernières années, avec l’inflation, l’augmentation des prix et la crise sanitaire, commencée il y a cinq ans tout pile. « Le secteur craque sur le terrain. Et ce, depuis longtemps. La crise sanitaire n’a fait que révéler les problèmes existants : les difficultés de recrutement, le sentiment de ne pas être soutenu », analyse Jean-Sébastien Alix, docteur en sociologie et directeur du département « Travail social » à l’IUT de Lille. Alors que les demandes augmentent, les recrutements sont en berne.

Un effet ciseaux qui inquiète bon nombre de professionnels. 71 % des établissements du secteur rencontrent des difficultés pour faire venir de nouveaux profils, tandis que 30 000 postes seraient vacants, selon le Livre blanc réalisé en 2023 par le Haut Conseil du travail social. À la fin de l’année, pas moins de 150 000 départs à la retraite sont prévus au sein des 35 000 établissements qui composent ce secteur.

À cette hémorragie, s’ajoutent des difficultés d’exercice particulièrement ardues. Côté rémunération, la France est plutôt dans la tranche basse. La moyenne européenne se situe aux alentours de 3 000 euros par mois – un chiffre à prendre avec des pincettes, au vu des différences importantes entre les pays en matière de protection sociale.

On ne pourra pas être partout.

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