Face à la guerre, la jeunesse de gauche répond à Macron

Alors que l’exécutif relance les discours sur la défense nationale et le patriotisme, une partie de la jeunesse se mobilise pour défendre une autre vision de l’engagement. En première ligne : des collectifs et syndicats étudiants qui refusent la militarisation et prônent la solidarité internationale.

Maxime Sirvins  • 26 mars 2025 abonné·es
Face à la guerre, la jeunesse de gauche répond à Macron
Le 22 mars, des manifestants appelaient à une action contre le Salon du Bourget en juin.
© Bastien Ohier / Hans Lucas / AFP

Samedi 22 mars, lors de la manifestation contre le racisme et la montée du fascisme, une banderole accrochée place de la République à Paris appelle à une action contre le Salon du Bourget en juin. À Nantes, une banderole équivalente est déployée. Cette mobilisation est faite au nom d’un collectif créé le 16 janvier 2025 : Guerre à la guerre. Face à des conflits mondiaux croissants et à la montée des dépenses militaires, le collectif vise à organiser la résistance contre le « réarmement » et l’économie de guerre. Parmi les premiers signataires figurent des groupes tels qu’Action antifasciste Paris-Banlieue, Young Struggle ou les Soulèvements de la Terre.

On considère que la jeunesse a tout intérêt à refuser les élans patriotiques.

L. Fréjo

Dans la manifestation du 22 mars, aux côtés de Révolution permanente, les militants du Poing levé brandissent des pancartes comme « Pas une vie, pas un euro pour leurs guerres ». Lorélia Fréjo, militante de cette organisation, en confirme l’implication dans Guerre à la guerre, et développe une critique radicale des politiques militaristes. Elle explique que Poing levé avait anticipé les effets des conflits récents : « On avait déjà vu que la suite logique de ce qui se passe en Palestine ou même en Ukraine allait poser la question de la résistance antiguerre, antimilitaire. »

Selon elle, le pouvoir prépare clairement « le retour de conflits politiques sur le terrain guerrier » en cherchant à « mobiliser notre génération derrière le drapeau ». Elle affirme fermement l’opposition de son groupe à cette orientation : « On n’est pas du tout de ce bord-là. On considère au contraire que la jeunesse a tout intérêt à refuser les élans patriotiques, à refuser aujourd’hui de considérer que notre ennemi, ce seraient les jeunes, les travailleurs qui sont de l’autre côté de l’Europe. » Dans ce contexte, elle critique aussi le SNU, vu comme une tentative « d’embrigadement idéologique des jeunes ».

Macron prépare la jeunesse à la défense militaire

Ce contexte de mobilisation contre le militarisme intervient alors qu’Emmanuel Macron annonce vouloir « mobiliser davantage de jeunes volontaires en renfort des armées », face à « l’accélération des périls » depuis la guerre en Ukraine. Lors de ses vœux aux armées en janvier 2025, le président a plaidé pour un « réveil stratégique européen » et la nécessité pour la France de mieux préparer sa jeunesse à la défense, en évoquant explicitement la création d’une réserve militaire opérationnelle renforcée.

Selon Macron, il s’agit de mieux identifier, former et préparer les jeunes volontaires, afin qu’ils puissent être rapidement mobilisés en soutien aux forces militaires, en métropole comme à l’étranger. Il affirme que cette initiative ne vise pas à rétablir un service national obligatoire, mais plutôt à offrir aux jeunes un choix d’engagement fort, adapté aux défis sécuritaires actuels et futurs, dans un contexte marqué par une dépendance croissante à l’égard des capacités de défense européennes face à un éventuel retrait des États-Unis.

Par ailleurs, le président de la République a annoncé une refonte imminente et profonde du service national universel (SNU) afin de « correspondre aux besoins de la nation et aux priorités identifiées ». Instauré en 2019, le SNU s’adresse actuellement aux jeunes de 15 à 17 ans souhaitant vivre une expérience collective axée sur la citoyenneté et l’engagement.

Toutefois, le dispositif a fait l’objet de critiques, notamment de la part de la Cour des comptes, qui a pointé du doigt son coût élevé et des objectifs

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