« Paris noir » : grand rattrapage au Centre Pompidou

Avec Paris noir, le Centre Pompidou fait événement en rassemblant les œuvres de 150 artistes africains et afro-descendants ayant travaillé dans la capitale dans la seconde moitié du XXe siècle. Le musée enclenche ainsi une reconnaissance nécessaire d’un pan méconnu de l’histoire de l’art.

Anaïs Heluin  • 2 avril 2025 abonné·es
« Paris noir » : grand rattrapage au Centre Pompidou
Mary Lovelace O’Neal, "Purple Rain" de la série "Two Deserts, Three Winters" [Deux déserts, trois hivers], vers 1990
© Adagp Paris 2025

Avant sa fermeture pour cinq ans de travaux, c’est à une véritable autocritique que se livre le Centre Pompidou avec l’exposition Paris noir. Circulations artistiques et luttes anticoloniales (1950-2000). En consacrant l’intégralité de sa Galerie 1 aux œuvres d’environ 150 artistes africains et afro-descendants ayant vécu dans la capitale ou y ayant travaillé plus ponctuellement dès les lendemains de la Seconde Guerre mondiale, le musée révèle en effet tout un pan de l’histoire de l’art qu’il avait jusque-là ignoré. Il est très loin d’être le seul à avoir fait preuve de ce manquement.

Aux États-Unis et en Grande-Bretagne la place des artistes noirs dans la modernité artistique fait depuis longtemps l’objet de recherches et d’expositions.

A. Lafont

« Alors qu’aux États-Unis et en Grande-Bretagne la place des artistes noirs dans la modernité artistique fait depuis longtemps l’objet de recherches et d’expositions, aucune institution française ne s’était jusque-là saisie de la question autrement que sous la forme de quelques monographies. Wifredo Lam, Ousmane Sow, Faith ­Ringgold, Hervé Télémaque, Sarah Maldoror ou encore ­Ousmane Sembène, par exemple, ont eu les leurs », nous explique Anne Lafont, historienne de l’art et directrice d’études à l’EHESS.

Pour cette chercheuse qui réfléchit notamment aux questions historiographiques liées à la notion d’art africain, l’exposition est donc un événement majeur. Sur le plan culturel, mais aussi patrimonial et politique, ce Paris noir enclenche un grand et nécessaire rattrapage.

Comme l’on pouvait s’y attendre après « quarante ans d’expositions qui n’ont pas eu lieu », selon l’expression d’Anne Lafont, Paris noir offre un paysage des plus denses. Le visiteur se voit toutefois rassuré par quelques figures et événements qui ont réussi à se faire une place dans l’historiographie. Dans la première salle, intitulée « Paris panafricain », Aimé Césaire nous accueille. Le Discours sur le colonialisme qu’il publie en 1950 constitue l’une des nombreuses références proposées comme porte d’entrée par la commissaire principale de l’exposition, Alicia Knock.

Le politique est donc d’emblée lié à l’artistique dans l’exploration citadine du Centre Pompidou, qui se place aussi sous les augures de l’écrivain américain James Baldwin ainsi que des Haïtiens René Depestre et Jacques Stephen Alexis, de l’intellectuel sénégalais Alioune Diop, qui fonde en 1947 la maison d’édition Présence africaine, ou encore les penseurs de la négritude que sont Léopold Sédar Senghor et Léon Gontran Damas. En convoquant ces écrivains au cœur de son Paris noir, le musée affirme l’ambition de traiter d’un mouvement d’ensemble, d’un rhizome, et non seulement de ses manifestations dans les arts plastiques. 

Relier les mémoires

La scénographie de l’exposition matérialise ce chemin complexe. Après la salle évoquée plus tôt, où nous découvrons parmi des œuvres aux styles et techniques très divers l’autoportrait de facture moderniste de Gérard Sékoto, exilé politique sud-africain qui vit à Paris des temps difficiles, on entre dans un espace assez étroit dédié à Édouard Glissant et à sa pensée du « Tout-monde ». Des sculptures aux silhouettes totémiques du Cubain Agustín Cárdenas, dont l’auteur

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