Alhassane : « La gauche doit quitter ses bureaux et lutter avec nous »

Alhassane, 16 ans, est délégué du collectif des jeunes mineur·es non accompagné·es du parc de Belleville. Le 18 mars, il a été expulsé de la Gaîté lyrique, à Paris, comme 450 autres personnes. Il revient sur cet événement et livre son analyse sur l’accueil des personnes étrangères en France.

Élise Leclercq  et  Pauline Migevant  • 21 mai 2025 abonné·es
Alhassane : « La gauche doit quitter ses bureaux et lutter avec nous »
Alhassane, 16 ans a rejoint les jeunes mineur·es non accompagné·es du parc de Belleville. Il est depuis devenu délégué de leur collectif.
© Maxime Sirvins

Originaire de Guinée, Alhassane, 16 ans, a rejoint les jeunes mineur·es non accompagné·es du parc de Belleville, il y a cinq mois, lorsqu’il est arrivé en France. Il est depuis devenu délégué de leur collectif. Ils étaient 450 à occuper la Gaîté lyrique jusqu’au 18 mars.

Que s’est-il passé le 18 mars, jour de l’expulsion de la Gaîté lyrique ?

Alhassane : Les policiers sont venus vers 5 heures du matin et nous ont dit qu’on avait jusqu’à 6 heures pour évacuer. Mais ils n’ont pas attendu 6 heures pour ça. Ils auraient au moins pu nous laisser le temps de récupérer nos affaires. Puis, très vite, ils ont commencé à devenir violents, à nasser tout le monde jusqu’à ce qu’ils nous matraquent et nous lancent du gaz lacrymogène. C’était horrible. Ils ont fini par embarquer certains jeunes. Mais ils ne se sont pas arrêtés là, ils savent qu’il y a des endroits où on se regroupe comme le parc de Belleville, le pont Marie, le Centre Pompidou et ils ont aussi ciblé ces lieux.

À chaque fois que les jeunes vont dans un de ces lieux, quelques minutes après, la police débarque. Les jeunes et des personnes venues les soutenir ont été emmenés au commissariat. Les policiers ont trié : les Blancs d’un côté, les jeunes de l’autre. Les Blancs sont restés une ou deux heures et ont été libérés. Les jeunes, eux, sont restés jusqu’à minuit ou une heure. Ils ont été libérés avec des obligations de quitter le territoire français (OQTF). L’objectif des autorités est de casser le collectif parce qu’elles savent qu’il y a de la solidarité et qu’elle prend de l’ampleur. Elles ont un peu réussi car on n’arrive pas à remobiliser. Quand on appelle à la manifestation, peu de jeunes viennent, ils ont peur.

Pouvez-vous nous expliquer ce qu’il va se passer pour les 24 jeunes sous OQTF ?

C’est une mairie qui se dit de gauche mais qui ne l’est vraiment pas.

Ils sont terrifiés, ils ont peur et ne savent pas quoi faire. Mais le collectif a engagé des avocats qui peuvent les aider. Toutes les audiences sont tombées. La première la première aura lieu la semaine prochaine et les autres suivront régulièrement en juin [les dates seront précisées sur le compte Instagram du collectif, N.D.L.R.]. On espère qu’elles vont sauter car ce sont des OQTF illégales. Pour certains des jeunes, la police a modifié la date et le lieu de naissance et même la nationalité. Donc il suffit d’aller à l’audience et de les faire annuler.

Pour moi, la police n’est pas faite pour dire si tu es mineur ou pas, elle est là simplement pour te contrôler. Le reste, c’est le rôle du département et du juge des enfants. Il y avait des jeunes qui avaient leur carte consulaire délivrée par l’ambassade. Normalement la police n’aurait pas dû donner ces OQTF.

Les mineurs isolés du collectif des jeunes du parc de Belleville qui occupaient la Gaîté lyrique ont été expulsés très violemment par la police malgré les soutiens. (Photo : Maxime Sirvins)

Quel rôle a joué la mairie de gauche dans l’expulsion ?

Ils nous ont abandonnés. S’ils avaient pris leurs responsabilités, ça ne serait pas arrivé. Nous savons tous que la préfecture et l’État sont racistes, comme Bruno Retailleau, François Bayrou, etc. Ils ne nous aiment pas donc ils nous veulent du mal. S’il y a bien quelqu’un qui pouvait nous aider, c’était la mairie. La mission d’urgence nous a dit qu’elle pouvait faire quelque chose mais qu’en contrepartie on devait aller au tribunal. On y est allés en disant « on a fait ce que vous voulez, maintenant on attend votre proposition ». Mais la mairie n’a rien fait. La préfecture a repris le dossier et a pris l’arrêté. Quand on a été expulsés, Anne Hidalgo a dit : « C’est ça qu’il fallait faire. » C’est une mairie qui se dit de gauche mais qui ne l’est vraiment pas.

À la Gaîté lyrique, plusieurs fois, l’extrême droite est venue vous intimider. Est-ce que ça continue ?

Ils savent où se trouvent les jeunes. La Gaîté lyrique était leur cible parce que pour eux ça n’était pas normal qu’on ait un toit. Ils tractaient devant la Gaîté, et quand ils venaient, on sortait leur dire qu’il y a beaucoup d’autres endroits où tracter, où il y a plus de monde. Ils n’ont pas compris et revenaient chaque samedi. C’étaient les partisans de Reconquête ! d’Éric Zemmour. On sortait, nous aussi, avec nos tam-tam et nos djembés, et on chantait. On les repoussait comme on pouvait.

Tout ce qu’ils voulaient, c’est qu’on se jette sur eux pour dire ensuite qu’on était des sauvages et qu’on était violents, mais on avait compris leur piège. Un jour, ils étaient une quarantaine de personnes à Strasbourg-Saint-Denis [un quartier parisien, N.D.L.R.], accompagnées par la police, et ça c’est inacceptable. Même à Paris, en plein centre-ville, on rencontre des gens qui sont racistes. Mais ça ne nous empêche pas de vivre et de rester calmes.

Nous avons mis en place une coordination qui comprend déjà les collectifs de dix villes.

Beaucoup de médias ont parlé de l’occupation par votre collectif de la

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