« Les Projectiles », une course au trésor
Dans un excellent premier roman, Louise Rose raconte la fugue d’une jeune femme-enfant.
dans l’hebdo N° 1877 Acheter ce numéro

© Hélène Bamberger / POL
Le marronnier de la rentrée éditoriale, avantageusement dénommée « rentrée littéraire », est de retour. Les goncourables du millésime 2025 portent déjà casaque pour participer à la course de petits chevaux qui s’annonce. Les maisons d’édition concernées ont deux mois pour déployer la meilleure stratégie auprès des jurés afin de les convaincre de voter en faveur de leur poulain. À l’arrivée, la réussite commerciale ne se concentrera que sur quelques titres ultra-médiatisés.
Un ton s’impose dès les premières pages.
Parmi eux figureront à n’en pas douter certains des « dix romans français incontournables (sic) » dont le journal professionnel Livres hebdo donne la liste, où l’on relève les noms d’Anne Berest, Sorj Chalandon, Emmanuel Carrère ou Laurent Gaudé, auxquels on peut ajouter ceux de Catherine Millet ou Amélie Nothomb, qui ont au moins un critère déterminant en leur faveur : leurs chiffres de vente. Enfin, de nombreuses voix se féliciteront que la France soit si passionnée de littérature durant l’automne – étant entendu qu’elle n’en a cure le restant de l’année. Voilà une bien belle histoire déjà tout écrite.
Il n’est pas obligatoire de s’y conformer. Par exemple en allant vers des auteurs et des autrices moins exposé·es, des écritures aventureuses, des tentatives singulières. C’est le cas des Projectiles, de Louise Rose, un premier roman qui, en tant que tel – le « premier roman » ayant été promu au rang de genre en soi –, bénéficiera sans doute d’une attention particulière (d’autant qu’il est publié aux prestigieuses éditions POL), mais aussi parce qu’il a une construction originale : sa chronologie est inversée.
Composé de seize chapitres, il s’ouvre sur le numéro « seize » pour s’achever sur le numéro « un ». L’exercice est loin d’être inédit – on pense notamment, au cinéma, à Irréversible, de Gaspard Noé – mais il confère d’emblée une dimension ludique au roman.
Ce n’est pourtant pas ce qui, en premier lieu, a retenu l’attention de l’auteur de ces lignes, qui n’a découvert la structure des Projectiles qu’en abordant son deuxième chapitre. Un ton s’impose dès les premières pages – ce qui importe davantage. Un ton, c’est-à-dire ce quelque chose dans l’écriture qui ouvre un univers. Se manifeste aussi un évident amour de la langue, de ses allitérations, de ses consonances et de ses différents registres.
MystèresEn voici un exemple substantiel, situé au début : « Ses yeux tombent sur un gros pigeon qui se tient immobile sur une branche du ginkgo. C’est curieux, d’habitude ça bouge toujours un peu les oiseaux. Il ne devrait pas rester planté là, avec Tchikita [un chat, NDLR] dans les parages c’est risqué. À tout moment, il peut débouler de nulle part, planter ses crocs dans le duvet du cou et couic. La morsure sera fatale, le cuicui désespéré. Pour Bébé c’est hors de question d’assister à un tel spectacle, elle a déjà vu un cadavre ce matin, ça suffit. Elle se penche, attrape un petit caillou et le lance en direction du volatile histoire qu’il dégage,
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