Faut-il prendre un ours comme généraliste ?

Dans un essai facile d’accès, le biologiste Jaap de Roode part à la rencontre des recherches scientifiques montrant la maîtrise de l’automédication par les animaux. Et gomme le scepticisme sur une question : la médecine animale est-elle le futur de la médecine humaine ?

Vanina Delmas  • 3 octobre 2025 abonné·es
Faut-il prendre un ours comme généraliste ?
Après leur hibernation, les ours mangent des plantes contenant de l’acide salicylique.
© BERND VON JUTRCZENKA / dpa Picture-Alliance / AFP

Comment les animaux se soignent-ils dans la nature ? Question a priori logique mais qui n’effleure que peu de personnes, tant les esprits occidentaux sont conditionnés à se rendre chez le vétérinaire. Dans son livre Nos plus grands médecins, Jaap de Roode, biologiste de renom et professeur à l’université Emory à Atlanta, offre une autre perspective en condensant les connaissances sur l’automédication des animaux.

Nous découvrons qu’ils peuvent recourir à la médication pour diminuer la probabilité d’une infection, tuer des parasites ou tolérer une maladie sans pour autant l’éliminer. Et qu’ils pratiquent volontiers une médecine préventive en ingérant certains aliments, en s’enduisant de répulsifs ou en ajoutant des éléments toxiques à leur nid pour les désinfecter.

Les fourmis rousses des bois comblent les fourmilières avec des morceaux de résine pour réduire les infections microbiennes.

Ainsi, les fourmis rousses des bois comblent les fourmilières avec des morceaux de résine pour réduire les infections microbiennes. Les orangs-outans savent diminuer une inflammation en mélangeant certaines lianes à leur salive et en appliquant cette mixture sur leur corps. Les roselins du Mexique et les moineaux domestiques insèrent des mégots de cigarette dans leurs nids pour utiliser les capacités antiparasitaires du tabac à titre préventif – même si les autres composés chimiques des mégots sont sûrement responsables d’anomalies constatées chez ces oiseaux.

Les papillons monarques femelles, espèce étudiée par Jaap de Roode, pondent leurs œufs sur une espèce précise d’asclépiade contenant des concentrations plus élevées d’une substance toxique lorsqu’elles sont infectées par un parasite, afin que les futures chenilles soient saines.

Zoopharmacognosie

Autant d’exemples ludiques qui relèvent d’une discipline bien connue : la zoopharmacognosie, qui mêle éthologie, médecine et anthropologie. Les premières observations et conclusions scientifiques remontent à la fin des années 1980, grâce à Michael A. Huffman, qui a observé le comportement inhabituel d’une femelle chimpanzé en Tanzanie. Elle délaissait son petit pour dormir la journée. Puis elle s’est mise à mâcher la moelle d’une plante bien particulière, connue par le peuple autochtone, sous le nom de mjonso, pour avoir des vertus contre l’indigestion, les parasites intestinaux, le paludisme…

En tant que scientifique, Jaap de Roode met un point d’honneur à détailler quelques démarches sur le long terme, montrant la complexité de cette discipline qui s’interroge constamment : comment passer d’une simple hypothèse à une certitude ? Les animaux ont-ils conscience de se soigner en faisant tel choix de plante ? Est-ce un savoir inné à leur espèce ou un acquis du fait de leurs interactions sociales ? Au-delà de sa fascination pour le monde animal, il parvient à nous communiquer sa passion de la science par des rencontres autour du monde, des récits

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