À Échirolles, le Village 2 santé prend soin des habitants « fracassés par le système »

Implanté au sein d’un quartier populaire d’Échirolles, en périphérie de Grenoble, un centre de santé communautaire soigne les habitants en prenant en compte les inégalités sociales. Un projet dans lequel les habitants sont pleinement investis.

Pauline Migevant  • 21 novembre 2025 abonné·es
À Échirolles, le Village 2 santé prend soin des habitants « fracassés par le système »
Le Village 2 santé répond à une volonté des habitants de se sentir accueillis.
© Pauline Migevant pour Politis

Nourredine est assis devant la façade en bois du Village 2 santé, un centre de soin communautaire, au milieu des tours. L’homme tient son café de la main droite, dont le pouce est tordu. L’horizon est bordé de montagnes. Nous sommes dans un quartier populaire du sud d’Échirolles, le Village 2, en périphérie de Grenoble. L’agent de sécurité s’est blessé en tentant d’attraper un homme. Malgré trois opérations, il n’a pas récupéré l’usage de son doigt. Après l’accident, il a demandé à son patron de le laisser travailler et a vite repris son poste. « J’ai une famille à ­nourrir », lui a-t-il dit.

Nourredine se souvient avoir été intrigué par l’ouverture du centre de santé, il y a quelques années. Une nouveauté dans ce quartier qu’il a toujours connu et où il a vu « certaines tours se construire », des amis « naître et mourir », la MJC ouvrir puis fermer. Il fut même un temps où des personnes âgées y jouaient aux boules avant de prendre l’apéro. Aujourd’hui, « des commerces ont fermé » et les gens ne jouent plus à la pétanque. « C’est peut-être pour ça que le quartier ne va pas bien », lâche-t-il en haussant les épaules. Il boit d’un trait le fond de sa tasse et entre dans le bâtiment.

À l’origine du centre de santé, il y a une bande de cinq amis qui se sont rencontrés durant leurs études de médecine. Tous se souviennent des stages à l’hôpital, de l’importance de la hiérarchie, de la maltraitance institutionnelle, de la non-prise en compte des inégalités dans le soin. Eux voulaient faire de la médecine autrement. Une façon d’exercer plus « politique » qu’ humanitaire ».

Les cinq amis ont découvert l’existence de la santé communautaire par des projets comme la Case 2 santé, à Toulouse, avant d’élaborer le leur dans un désert médical. « 12 000 personnes n’ont pas de médecin traitant à Échirolles », explique Jessica Guibert, médecin au Village 2 santé. Avant l’ouverture d’un premier centre en 2016 (il a déménagé dans les locaux actuels en 2019), ils avaient réalisé un diagnostic communautaire.

Avec la destruction progressive des services publics, les gens ne trouvent plus ailleurs ce qu’on propose ici.

A. Gaillard, médecin

Lors d’une fête de quartier en 2013, l’équipe avait invité les habitants à écrire ce qui les rendait malades. On pouvait lire sur les pancartes : « Quand l’instituteur de mon fils n’est pas remplacé ! », « le stress au travail », « le score du Front national ». Des enfants avaient écrit : « Mon frère, il me tape » ou « Quand je vois la pauvreté ». Depuis, le délitement se poursuit. « La politique, c’est du cassage de gueule », dixit Radia*, habitante d’une quarantaine d’années.

Espace d’écoute

« La volonté des habitants de se sentir accueillis est apparue très fortement lors du diagnostic communautaire, relate Alexandre Gaillard, médecin présent dès l’origine du projet. Avec la destruction progressive des services publics, les gens ne trouvent plus ailleurs ce qu’on propose ici. Que ce soit la CAF ou la Sécu, personne ne leur répond. » Ici, l’endroit est ouvert à tous. Une affiche « Refugees welcome » est placardée à l’accueil.

Le matin, les agents d’entretien des immeubles ou les travailleurs des espaces verts passent y boire un petit café. Au-delà des réunions hebdomadaires de la Place du village, l’instance du centre qui rassemble les usagers et les salariés, et dans laquelle elle est investie, Carmella vient presque tous les jours. À 77 ans, dont quarante de vie dans le quartier, elle est à la retraite après avoir travaillé « 7 sur 7 » dans une société de nettoyage. « Des fois, être toute seule à la maison, c’est pas agréable. Alors je viens discuter. »

On n’y vient pas seulement pour consulter un médecin, mais aussi pour boire un café, se rencontrer ou participer à un atelier de cuisine encadré par des kinés. (Photo : Pauline Migevant.)

Derrière un bureau, cette

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter hebdomadaire :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)

Pour aller plus loin…

Au quartier pour mineurs de la prison de Metz, « sans liberté, on fait comme on peut »
Reportage 20 février 2026 abonné·es

Au quartier pour mineurs de la prison de Metz, « sans liberté, on fait comme on peut »

Au quartier pour mineurs du centre pénitentiaire de la ville de Moselle, si les surveillants sont en jogging et les jeunes ne sont plus envoyés au quartier disciplinaire, ces mesures n’ont pas fait disparaître le contrôle et l’isolement, intrinsèques à l’enfermement.
Par Pauline Migevant
« L’expression “ferme France” perpétue un imaginaire paysan bleu-blanc-rouge »
Entretien 20 février 2026 abonné·es

« L’expression “ferme France” perpétue un imaginaire paysan bleu-blanc-rouge »

L’historien Anthony Hamon décrit l’évolution des syndicats agricoles en France, et la façon dont la politique française vante les mérites d’un monde agricole unifié qui occulte ses disparités sociales.
Par Vanina Delmas
Agriculture responsable : que peuvent les petites communes ?
Reportage 19 février 2026

Agriculture responsable : que peuvent les petites communes ?

Certaines collectivités tentent de se réapproprier la politique agricole à l’échelle communale. Pour lutter contre la disparition des petites fermes, et favoriser une alimentation bio et locale.
Par Vanina Delmas
Enquête, extrême droite, impacts politiques après la mort de Quentin Deranque : nos réponses
Direct 19 février 2026

Enquête, extrême droite, impacts politiques après la mort de Quentin Deranque : nos réponses

Après la mort du militant d’extrême droite Quentin Deranque, suite à une rixe avec des antifascistes à Lyon le 14 février, posez vos questions à la rédaction de Politis. Instrumentalisation de l’extrême droite, isolement de la France insoumise, banalisation du fascisme : les réactions après « l’homicide volontaire », selon les termes du procureur de Lyon, ont souligné un véritable séisme politique.
Par Politis