« On ne pourra pas vaincre l’orpaillage illégal seulement par la répression »
Joël Sollier, procureur général de la République en Guyane, décrit l’organisation des réseaux d’orpaillage illégal sur le Haut-Maroni et les moyens à déployer pour une lutte efficace.
dans l’hebdo N° 1890 Acheter ce numéro

Les comptoirs chinois établis sur les rives surinamiennes du Haut-Maroni assurent la logistique de l’orpaillage illégal par le ravitaillement qu’ils permettent. Seule une coopération renforcée entre le Suriname et la Guyane permettra d’endiguer cette criminalité organisée.
Pouvez-vous dresser un état de la coopération entre le Suriname et la Guyane au niveau judiciaire et policier aujourd’hui sur le Maroni ?
Joël Sollier : Ce qui est paradoxal, avec le Suriname, c’est qu’on a négocié des conventions policières et judiciaires d’entraide. Mais que, en dépit des efforts des uns et des autres, on n’arrive pas à obtenir la ratification par le Parlement surinamais de ces textes. Donc, aujourd’hui, on se trouve quasiment sans texte de coopération. C’est regrettable. Ces textes sont importants parce qu’ils permettent de réguler la relation et de travailler en confiance sur le régalien, c’est-à-dire sur ce qu’il y a de plus sensible au sein de l’État.
Toutefois, avec le Suriname, on a une coopération plutôt pragmatique : malgré l’absence de texte, les autorités sont assez volontaires. Elles coopèrent sur des dossiers d’intérêts communs, comme les délits de droit commun. Mais moins quand leurs intérêts peuvent être menacés d’une manière ou d’une autre. Sur des dossiers de fond comme la lutte contre l’orpaillage ou le trafic de stupéfiants, on a plus de mal à établir une coopération structurée. De mon point de vue, c’est un constat en demi-teinte.
(Photo : DR.)Quels sont les intérêts du Suriname à ne pas approfondir la coopération sur l’orpaillage illégal ?
À ma connaissance, l’orpaillage est la première source de revenus du Suriname, où il ne fait pas l’objet d’une régulation stricte. Lorsqu’on dit aux autorités qu’il faut le restreindre, elles considèrent l’aspect économique, parce qu’une grande partie de la population est dépendante de l’extraction. Il est clair qu’on ne peut pas vaincre l’orpaillage illégal uniquement par la répression au Suriname, ni même au Brésil. Il y a un problème d’alternative économique. Si on contraint les gens à arrêter l’orpaillage, il faut aussi leur donner la possibilité de vivre.
Si on contraint les gens à arrêter l’orpaillage, il faut aussi leur donner la possibilité de vivre.
Si demain le Suriname venait à interdire la présence de comptoirs chinois sur sa rive du Maroni, les garimpeiros pourraient-ils continuer à se ravitailler ? Ou cette interdiction signerait-elle le glas de l’orpaillage illégal dans cette région ?
Les garimpeiros
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