Mouvement social de 1995 : la naissance d’une nouvelle génération politique
Le grand mouvement social de 1995 a vu l’apparition d’une dizaine de futurs visages de la gauche, des figures qui, en trois décennies de vie publique française, n’ont jamais abandonné le combat. Très souvent en faveur de l’union de la gauche.
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© Theybothreachedforthegun/James Steakley/CC BY-SA 4.0/PCF AuvergneRhoneAlpes/Claude Martin65/ Pierre-Selim/ O’Higgings
Le cliché est en noir et blanc. Au milieu d’une foule traversant les rues de Paris, un homme, les cheveux noirs bien coiffés et les sourcils broussailleux cachant presque son regard. À sa gauche, une femme, le bonnet vissé sur la tête, regarde droit devant elle. Leurs noms : Pouria Amirshahi et Marie-Pierre Vieu. Il a 23 ans. Elle, 28. Il est président de l’Unef-ID. Elle est présidente de l’Unef-SE. C’était il y a trente ans. Dans le froid, et parfois la neige, ils n’étaient pas de la même chapelle mais marchaient côte à côte contre le plan Juppé et ses réformes libérales sur les retraites et la Sécu. Tout un symbole.
Aujourd’hui, les deux représentent, d’une certaine façon, une partie de l’histoire de la gauche. En trente ans, ils ont tracé leur chemin. Depuis 2024, Pouria Amirshahi est de retour à l’Assemblée. Lui, cet ancien frondeur socialiste durant le quinquennat Hollande, ce défenseur du « non » lors du référendum sur le traité constitutionnel européen en 2005 (1).
Au Palais Bourbon, il tente aujourd’hui de défendre les miettes de ce qu’il reste du Nouveau Front populaire (NFP) et essaie de structurer la « Digue ». Une tentative de construire un réseau d’élus progressistes, humanistes et écologistes, de réveiller une internationale antifasciste, d’unifier la gauche. « Ce qu’il faut, c’est que cette digue s’installe, produise, fasse lien avec la société déjà mobilisée », confiait-il il y a quelques mois.
Ceux qui avaient vécu Mai 68 ont retrouvé cet esprit. Il y avait une effervescence politique dans le pays.
O. BesancenotDe son côté, Marie-Pierre Vieu est entrée à la direction du Parti communiste français (PCF) en 2000, élue locale en Midi-Pyrénées, plusieurs fois candidate aux législatives, eurodéputée pendant deux ans. En 1995, elle est étudiante à Nanterre. « Jacques Chirac est élu, il arrive et on s’en prend plein la gueule, il y a l’instrumentalisation de la violence dans les quartiers, les essais nucléaires sont relancés. Et d’un coup, ce climat anxiogène disparaît, raconte-t-elle. C’est un mouvement très heureux car on se dit qu’on peut gagner. » Dans la rue, on s’autorise à rêver.
Danielle Simonnet s’en souvient aussi. L’ex-insoumise est alors étudiante à Paris-8, encartée à l’Unef, et se situe politiquement « entre la Gauche socialiste (2) et une gauche plus alternative, comme celle de Jacques Kergoat (3) ». « Face à une génération plus pessimiste qui préférait commenter le plan Juppé et les attaques libérales, je voyais cette mobilisation de masse comme une contestation du néolibéralisme, se remémore la députée. C’était beau. »
Olivier Besancenot a le même récit. Il y a trente ans, le leader anticapitaliste était membre des Jeunesses communistes révolutionnaires (JCR) ainsi que de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR). Et il étudiait à Nanterre.
« Les médias critiquaient en permanence les grévistes. Mais l’opinion publique nous soutenait massivement : on abordait la question de la
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