PMA, transition… Les corps queers à l’épreuve des lois
En France, les lois qui encadrent les droits reproductifs sont soumises, implicitement, à la logique méritocratique, reproduisant au passage des discriminations homophobes et transphobes.
dans l’hebdo N° 1893-1895 Acheter ce numéro

© ESTELLE RUIZ / HANS LUCAS VIA AFP
À quoi pensez-vous quand vous entendez le mot « méritocratie » ? Au travail ? À l’école ? En réalité, ce mot pourrait aussi vous évoquer l’autonomie corporelle. Depuis 2021, en France, la procréation médicalement assistée (PMA) est ouverte aux femmes dites seules et aux couples de femmes, après des mois de débats parlementaires et médiatiques. Depuis l’adoption de la loi bioéthique, les délais pour avoir accès à cet accompagnement s’allongent d’année en année : selon l’Agence de la biomédecine, les femmes qui se lancent dans ce processus attendent en moyenne dix-huit mois entre le premier rendez-vous et la première insémination.
Entre ces deux échéances, la prise en charge médicale du parcours remboursé par l’État impose de nombreuses étapes, parmi lesquelles des entretiens avec un·e psychologue… et une vérification de « la motivation des deux membres du couple ». Une étape qui semblerait ubuesque si elle était imposée aux couples hétérosexuels fertiles, alors même que les inégalités d’implication au sein des foyers sont documentées depuis des décennies.
« Le problème, c’est d’avoir un double standard qui force les personnes queers à montrer beaucoup plus d’engagement. Ce n’est pas exigé des parents hétéros, qui peuvent e reproduire sans avoir à demander l’autorisation. Ce décalage permet d’interroger qui on veut ou ne veut pas voir devenir parent. Je pense qu’on rejoint ici l’idée de la méritocratie », souligne Gabrielle Richard, sociologue etautrice de Faire famille autrement (éditions Binge). Le processus vise aussi à établir la « véracité » du couple, empêchant ainsi les personnes queers de se lancer dans une coparentalité entre ami·es ; pratique qui n’est pas encadrée chez les hétéros.
La sociologue déplore la standardisation du parcours : « Les dispositifs d’aide médicale à la parentalité sont conçus autour d’une norme hétéro. Les personnes queers ont donc l’impression de devoir s’y plier pour montrer qu’elles méritent d’être parents. » Et pour cause : le protocole est le même pour tous·tes, en couple hétéro, homo ou sans partenaire. Alors qu’elles ne présentent a priori pas de signe d’infertilité et qu’une des deux femmes ne portera pas l’enfant, les femmes lesbiennes doivent, comme le couple hétéro, se soumettre l’une et l’autre à une batterie d’examens médicaux parfois très invasifs.
L’épreuve de la « bonne » mèreLe parcours des combattant·es ne s’arrête pas au processus médical. Dans les couples lesbiens ayant recours à la PMA, la mère qui n’a pas porté l’enfant n’est pas reconnue comme parent d’emblée. Elle doit soit passer par une reconnaissance conjointe de l’enfant auprès d’un notaire avant même les inséminations (dispositif mis en place en 2021), soit se lancer dans une procédure d’adoption plénière La
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