« Me tourner vers mon arabité, c’est recouvrer mon intégrité »
Avec La Vie après Siham, Namir Abdel Messeeh filme ce qu’il se passe entre son père et lui après la mort de sa mère, et reconstitue une part de l’histoire égyptienne de sa famille qu’il ignorait.
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© Météore Film
Découvert à Cannes dans la programmation de l’Acid, La Vie après Siham, du réalisateur égyptien Namir Abdel Messeeh, continue à faire son chemin dans notre esprit des mois plus tard. Un peu à la manière du deuil que le cinéaste a vécu avec la mort de sa mère, Siham, puis celle de son père, Waguih, et qui persiste en lui – parce qu’on n’en sort jamais. Mais le cinéma l’a aidé. Et son film nous aide à notre tour.
S’il commence sur un ton léger, comme le film précédent, La Vierge, les Coptes et moi (2012), La Vie après Siham se poursuit sur un ton plus grave, mais toujours généreux. Le cinéma, dans son essence, fait ressusciter les morts en les projetant sur un écran. Sans effacer la perte irrémédiable. Namir Abdel Messeeh en a conscience, lui qui aime surtout dans son art le jeu qu’il permet, jeu drôle et jeu sérieux.
Nous, Français issus de l’immigration et Arabes, nous avons besoin d’avoir des représentations de nous dont nous puissions être fiers.
En quoi votre film est-il politique ?
Namir Abdel Messeeh : La montée du vote d’extrême droite et la parole raciste qui s’exprime de façon de plus en plus décomplexée, notamment dans les médias, coïncident avec une prise de conscience chez moi de mon arabité. C’est pourquoi je suis content que le film sorte aujourd’hui. Même si je ne l’ai pas pensé ainsi a priori, je raconte aussi l’histoire d’une famille arabe. À Valenciennes, où on a présenté le film, un lycéen, arabe, s’est levé pour prendre la parole – ce qui semblait chez lui très exceptionnel – et m’a remercié de montrer une telle famille et non pas les habituels clichés sur les Arabes voyous, voleurs, voire terroristes. Ses paroles m’ont ému et en même temps je me suis dit : on en est là.
Nous, Français issus de l’immigration et Arabes, nous avons besoin d’avoir des représentations de nous dont nous puissions être fiers. En outre, dans La Vie après Siham, on parle beaucoup en arabe. Que l’arabe y soit une langue de connexion et d’amour, et qu’on y voie des extraits de films arabes, me rend encore plus heureux d’avoir fait ce film aujourd’hui. Je revendique beaucoup en ce moment cette dimension du film, même si ce n’est pas son centre.
Comment se manifeste cette prise de conscience de votre arabité dans votre cinéma ?
La Vie après Siham raconte un fils qui perd ses parents, revisite le passé de ceux-ci, interroge ses origines arabes, se pose la question de l’héritage familial et de la transmission. Quand mon cousin, qui habite dans un petit village en Égypte et qui est paysan, l’a vu, il m’a dit : « Ça, c’est un vrai film égyptien. » Alors qu’il estimait que le précédent, La Vierge, les Coptes et moi, c’était Tintin en Égypte. Pour lui, je découvrais un pays avec un regard de Français. En fait, cela tient à une façon d’être. J’ai évolué. Et comme je m’expose davantage, il s’y est reconnu. Et cela s’est confirmé quand on a montré le film au Caire – avec, en outre, une voix off que j’avais enregistrée en arabe.
Qu’est-ce qui a réveillé votre arabité ?
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