« La Reconquista », une remontée du temps
Tourné en 2016 et jusqu’ici inédit en France, le long métrage annonçait déjà le talent du réalisateur espagnol Jonás Trueba.
dans l’hebdo N° 1899 Acheter ce numéro

© Arizona distribution
Manuela (Itsaso Arana) et Olmo (Francesco Carril)(1) ont vécu un grand amour quand ils étaient adolescents. Quinze ans plus tard, ils se sont donné rendez-vous dans Madrid. Ils se retrouvent le temps d’une nuit, où ils vont aller de lieu en lieu : un café, une scène de spectacle, un bar de nuit et, enfin, une salle de danse. Il n’y aura pas de chambre. La Reconquista est pourtant le titre du film de Jonás Trueba – tourné en 2016, inédit en France. Mais il s’agit d’une reconquête différente de celle qu’on pourrait croire : ce n’est pas exactement l’amour qui revient.
Manuela vit désormais en Argentine, elle n’est là que pour quelques jours ; Olmo est traducteur et vit en couple. Depuis quinze ans, leur existence a évolué, ils ne savent pas ce que l’autre est devenu, mais ils ont ce passé en commun qui les lie à jamais. De quelle manière ? Comment, aujourd’hui, se manifeste-t-il en eux ? Quand Manuela et Olmo sont de nouveau face à face, devant un verre, Jonás Trueba s’attarde sur le visage de celui ou de celle qui écoute. Le spectateur imagine les émotions qui les traversent, le trouble qui les gagne. Un trouble né du sentiment double et contradictoire d’étrangeté et de familiarité.
La remontée des souvenirs passe par de longues conversations, mais aussi par la présence du corps de l’autre.
La musique, la danse, les chansons (dont on sait qu’elles marquent intimement une époque, en l’occurrence celles du musicien Rafael Berrio, qui interprète le père de Manuela) jouent un rôle déterminant. La remontée des souvenirs passe par de longues conversations, mais aussi par la présence du corps de l’autre. Olmo dira qu’il a passé une nuit folle : lui qui n’était pas partant s’est laissé entraîner avec Manuela pour aller danser. Sur la piste, il s’est même défoulé, s’offrant aux regards. Autrement dit, il a rajeuni.
Ce mouvement insensible et lent vers leur passé – Jonás Trueba fait durer les séquences – a sa logique. Au bout de la nuit, et après un intermède où Olmo, au matin, rentre chez lui, bouleversé, le film retourne radicalement en arrière. La dernière partie se déroule en effet quinze ans plus tôt, quand Manuela (Candela Recio) et Olmo (Pablo Hoyos)
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