Du Ku Klux Klan à l’ICE : le fantasme réactionnaire du mythe du chevalier
La figure du chevalier concentre chez l’extrême droite américaine une rhétorique de défense ethnique et religieuse aujourd’hui banalisée, dissimulant la violence qu’elle charrie.

Des chevaliers encerclent, l’épée à la main, un adversaire invisible qu’une brume obscure enveloppe. Au centre se distinguent des lettres blanches : « The ennemies are at the gate » (L’ennemi est à la porte). On pourrait croire à l’affiche du prochain Assassin’s Creed, ce jeu vidéo d'aventures historiques opposant Assassins et Templiers.
Il s’agit, en réalité, d’un post Instagram du Département américain de la Sécurité intérieure datée du 21 octobre. « Défendez votre terre et votre foyer » enjoint sa légende, qui est surtout un message de recrutement pour intégrer la police de l’immigration américaine : la très controversée ICE (Immigration and Customs Enforcement), symbole de la lutte contre l’immigration illégale érigée en priorité par Donald Trump.
Que cette organisation paramilitaire, adepte des raids musclés, utilise la figure européenne du chevalier pour cultiver un imaginaire nationaliste du combat peut sembler saugrenue, mais le choix n’est pas anodin. « Dans la tradition culturelle d’extrême droite, le chevalier incarne l’idéalisation du guerrier sage défendant l'Occident chrétien blanc », éclaire Stéphane François, spécialiste de l’extrême droite et des contre-cultures à l’Université de Mons (Belgique).
Normalisation inquiétanteAinsi Pete Hegseth, secrétaire à la Guerre, d’exhiber son tatouage « Deus Vult », (Dieu le veut) considéré comme le cri de ralliement des premières croisades. Une fascination médiévale dont a aussi fait montre Donald Trump Junior, fils aîné du président américain : dans un post Instagram du 5 janvier 2020, la photo de son fusil d’assaut révélait une crosse en forme de heaume chevaleresque, avec le dessin d’Hillary Clinton derrière les barreaux d’une prison.
Capture d'écran du compte Instagram de Donald Trump Jr.Longtemps cantonnée à des sites néonazis, l’utilisation du chevalier par les plus hautes sphères de
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