« Les maires tremblent en attendant de découvrir le niveau de réduction de leurs budgets »

Dans Maires, à quoi bon ? (Textuel, 2026), le sociologue David Guéranger analyse les limites du pouvoir d’un maire, sans cesse confronté aux contraintes budgétaires et au désengagement de l’État.

Lucas Sarafian  • 30 janvier 2026 abonné·es
« Les maires tremblent en attendant de découvrir le niveau de réduction de leurs budgets »
Les maires de la métropole toulousaine dans la cour de la préfecture d'Occitanie pour protester contre les coupes budgétaires annoncées par le gouvernement, à Toulouse, le 7 novembre 2024.
© Lionel BONAVENTURE / AFP

Grande résignation. Dans Maires, à quoi bon ? Enquête au cœur des engagements municipaux (Textuel, 2026), David Guéranger, sociologue, chargé de recherche au Laboratoire techniques, territoires, sociétés (LATTS) et enseignant à l’École nationale des ponts et chaussées, relativise l’analyse faite sur les démissions en masse des maires. Mais le chercheur affirme que la résignation des maires est une conséquence du désengagement de l’État, les restrictions budgétaires successives rendant plus difficile la tâche de maire. Perçu comme tout puissant dans sa ville, l’édile serait, au contraire, très seul et empêché pour mettre en place sa politique.

Selon la dernière étude de l’Observatoire de la démocratie de proximité, 2 189 maires ont quitté leurs fonctions depuis juillet 2020. Et selon une enquête du Cevipof publiée en juin 2025, le nombre moyen de démissions de maires par an a été multiplié par quatre entre 2008 et 2026. Vous affirmez pourtant que le phénomène des démissions est à relativiser. Pourquoi ?

David Guéranger : Je ne nie pas que le phénomène existe, mais je dis qu’il faut le traiter avec prudence. D’abord parce qu’il est difficile de mesurer les « démissions », tout simplement parce qu’il est difficile de mesurer les motivations de ceux qui ne sont plus là pour répondre. Je pense qu’il y a un gros décalage entre l’importance médiatique donnée à ce phénomène et sa réalité empirique. Ensuite, le sujet est construit de manière très conservatrice : parler de « démission » pour évoquer la situation d’un élu qui choisit de ne pas se représenter, c’est une drôle de conception de la démocratie. L’idée qu’il est bien normal et naturel de conserver le pouvoir quand on l’exerce.

Si on est attaché aux alternances, au renouvellement du

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter hebdomadaire :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)

Pour aller plus loin…

Du Front national à Jordan Bardella, un système financier opaque
Extrême droite 30 janvier 2026 abonné·es

Du Front national à Jordan Bardella, un système financier opaque

Au procès en appel du FN- RN concernant les assistants parlementaires, les figures clés des finances décrivent un parti où personne n’assume les décisions. Derrière cette défense collective jurant sur la bonne foi, ce procès met en lumière un mode de fonctionnement financier en crise constante et opaque.
Par Maxime Sirvins
Les classes populaires acquises au RN ? Une cartographie inédite révèle des nuances
Sociologie 30 janvier 2026

Les classes populaires acquises au RN ? Une cartographie inédite révèle des nuances

Au-delà des sondages, deux chercheurs, Youssef Saidi et Thomas Vonderscher, ont croisé les résultats des législatives du printemps 2024 avec les caractéristiques sociodémographiques des circonscriptions à l’échelle des bureaux de vote. Ce travail esquisse une nouvelle cartographie électorale de l’Hexagone.
Par Olivier Doubre
Déconstruire le duel des « deux France »
Anlayse 30 janvier 2026 abonné·es

Déconstruire le duel des « deux France »

Le territoire français est souvent décrit comme fragmenté par des différences sociales et géographiques perçues comme des fractures irréconciliables. Entre simplifications médiatiques et stratégies politiques, ces représentations alimentent un clientélisme électoral, au détriment des populations concernées.
Par Kamélia Ouaïssa
« La direction des Écologistes participe au morcellement de la gauche »
Entretien 30 janvier 2026 abonné·es

« La direction des Écologistes participe au morcellement de la gauche »

À l’approche des municipales, Sergio Coronado, ancien député vert, dénonce la ligne tenue par la direction nationale des Écologistes. Le rapprochement avec le Parti socialiste et la mise à l’écart de la France insoumise risque, selon lui, de fragmenter davantage la gauche pour les municipales.
Par William Jean