« Les maires tremblent en attendant de découvrir le niveau de réduction de leurs budgets »
Dans Maires, à quoi bon ? (Textuel, 2026), le sociologue David Guéranger analyse les limites du pouvoir d’un maire, sans cesse confronté aux contraintes budgétaires et au désengagement de l’État.

© Lionel BONAVENTURE / AFP
Grande résignation. Dans Maires, à quoi bon ? Enquête au cœur des engagements municipaux (Textuel, 2026), David Guéranger, sociologue, chargé de recherche au Laboratoire techniques, territoires, sociétés (LATTS) et enseignant à l’École nationale des ponts et chaussées, relativise l’analyse faite sur les démissions en masse des maires. Mais le chercheur affirme que la résignation des maires est une conséquence du désengagement de l’État, les restrictions budgétaires successives rendant plus difficile la tâche de maire. Perçu comme tout puissant dans sa ville, l’édile serait, au contraire, très seul et empêché pour mettre en place sa politique.
Selon la dernière étude de l’Observatoire de la démocratie de proximité, 2 189 maires ont quitté leurs fonctions depuis juillet 2020. Et selon une enquête du Cevipof publiée en juin 2025, le nombre moyen de démissions de maires par an a été multiplié par quatre entre 2008 et 2026. Vous affirmez pourtant que le phénomène des démissions est à relativiser. Pourquoi ?
David Guéranger : Je ne nie pas que le phénomène existe, mais je dis qu’il faut le traiter avec prudence. D’abord parce qu’il est difficile de mesurer les « démissions », tout simplement parce qu’il est difficile de mesurer les motivations de ceux qui ne sont plus là pour répondre. Je pense qu’il y a un gros décalage entre l’importance médiatique donnée à ce phénomène et sa réalité empirique. Ensuite, le sujet est construit de manière très conservatrice : parler de « démission » pour évoquer la situation d’un élu qui choisit de ne pas se représenter, c’est une drôle de conception de la démocratie. L’idée qu’il est bien normal et naturel de conserver le pouvoir quand on l’exerce.
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