L’hystérie, symptôme… des violences masculines

Stéréotype sexiste qui traverse les époques, le mythe de l’hystérie continue d’influencer la médecine et la justice. La journaliste Pauline Chanu le décortique, exhumant au passage des siècles de violences institutionnelles et médicales.

Salomé Dionisi  • 16 janvier 2026 abonné·es
L’hystérie, symptôme… des violences masculines
"Jean-Martin Charcot présentant Blanche Wittman, sa patiente hystérique soutenue par lors d’une leçon clinique à la Salpêtrière" (détail), tableau d'André Brouillet (1857-1914).
© Domaine public

« Calmez-vous madame, ça va bien se passer ! » Une phrase d’un ministre de l’Intérieur adressée à une journaliste, en pleine interview. Aussitôt la polémique lancée, le mythe de l’hystérie est convoqué. Pourtant, l’hystérie n’existe pas. Ce terme ne correspond à aucune réalité scientifique.

Si l’apparition du terme « hystérie » est difficile à dater, son étymologie est certaine : le grec « hystéron » fait référence à l’utérus. Dès le Ve siècle avant J.-C., cet organe est tenu pour responsable de toutes les maladies qui touchent les femmes. Platon et Hippocrate voient en l’hystérie une « maladie » aux symptômes multiples, provoquée par un utérus vide, par un corps qui n’enfante pas : « L’hystérie se définit en creux comme la maladie des femmes sans hommes », résume Pauline Chanu dans Sortir de la maison hantée.

Au fil des siècles, le mythe est récupéré par la religion qui impose des rituels d’exorcisme, véritables séances de torture. L’héritage de cette science de la supposition perdure jusqu’au XXe siècle, période à laquelle on croit encore à un système de vases communicants entre l’utérus et le cerveau.

Dire que les femmes sont d’un naturel pathogène permet de les exclure efficacement des sphères de savoir et du pouvoir.

E. Dorlin, philosophe

Comme l’étaient les personnes racisées à la même époque, les femmes sont alors présentées par les scientifiques comme des êtres gouvernés par leurs émotions. « Dire que les femmes sont […] d’un naturel pathogène permet de les exclure efficacement des sphères de savoir et du pouvoir, puisque leur corps ne les laisse jamais tranquilles », résume ainsi la philosophe Elsa Dorlin. Un préjugé misogyne qui persiste encore aujourd’hui.

À la fin du XIXe siècle, ce sont Charcot, sur le plan neurologique, puis Freud, côté psychanalyse, qui entérinent le mythe de l’hystérie. Au fil des années, les deux pontes érigent leur carrière et leur réputation sur l’étude de cette fameuse « maladie », se servant au passage du corps des femmes comme terrain d’expérimentation.

En consultation, tous deux voient défiler des femmes qui font des crises d’angoisse, d’épilepsie, qui souffrent de délires paranoïaques ou de variations d’humeur. Nombreuses sont celles qui sont « diagnostiquées » hystériques : elles représentent 20 % des patient·es interné·es dans le service de psychiatrie de la Pitié Salpêtrière en 1880.

L'origine du mâle

Pour mettre en lumière cette période d’expérimentation médicale, Pauline Chanu s’est replongée dans les archives, souvent effroyables, de cet hôpital. Interventions gynécologiques invasives, hystérectomies injustifiées, lobotomies, soumission chimique… Les violences médicales perpétrées lors des phases d’expérimentation et de

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