« Promis le ciel », une nécessaire sororité
Dans un troisième long métrage très juste, Erige Sehiri raconte la difficile survie d’une communauté de femmes à Tunis.
dans l’hebdo N° 1899 Acheter ce numéro

© ManekiFilms / Henia Production / Jour2fête
Une petite fille de 4 ans, dans une baignoire, est lavée par trois femmes qui lui posent des questions sur le parcours qu’elle vient d’effectuer. Une traversée traumatisante. Elle évoque des gens serrés sur un bateau, un homme dangereux muni d’un couteau, un naufrage, beaucoup de noyés. Les trois femmes savent que ses parents en font partie. La petite orpheline, Kenza, est une exilée comme Marie (Aïssa Maïga), Jolie (Laetitia Ky) et Naney (Debora Lobe Naney), qui l’entourent, toutes trois venues de Côte d’Ivoire jusqu’en Tunisie, espérant une vie meilleure. Erige Sehiri les a choisies pour protagonistes de son troisième long métrage (son deuxième de fiction), Promis le ciel, qui avait fait l’ouverture à Cannes, l’année dernière, de la section Un certain regard.
Comme le précédent, Sous les figues, qui se déroulait également en Tunisie, où la cinéaste française s’est installée en 2011 – année de « la révolution du jasmin » –, Promis le ciel est un film choral. Mais là où Sous les figues avait une quasi-unité de lieu, ce nouvel opus est géographiquement plus éclaté, même si le point d’ancrage est, à Tunis, la maison de Marie, où elle conduit des offices religieux – elle est pasteure de l’Église évangélique, ayant dû mettre en pause sa carrière de journaliste. Jolie, étudiante, y habite grâce à l’argent qu’envoie son père à Marie. Précaire, sans papiers, Naney y est hébergée : depuis trois ans qu’elle est en Tunisie, elle s’interroge sur ce qu’elle doit faire : la traversée vers l’Europe ou le retour en Côte d’Ivoire, où sa fille est restée.
Si Erige Sehiri aime filmer des groupes de femmes, elle ne pose pas la sororité comme un fait accompli. Ce que montre Promis le ciel, c’est que, comme la fraternité, la sororité n’est pas une donnée « naturelle ». On peut même dire que c’est un combat (sur soi, avec les autres), en tout cas le fruit d’une volonté. Qui dépend aussi des circonstances. Or l’action du film se déroule au moment où le pouvoir décide de faire la chasse aux exilés subsahariens sans papiers – ce que le régime autocratique de Kaïs Saïed a réellement mis en place à partir de février 2023. La cinéaste, qui a été journaliste, incline à intégrer des éléments de l’actualité dans ses scénarios.
La
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