Dans les territoires ruraux, les croix vertes des pharmacies s’éteignent l’une après l’autre
Dans le sillage des déserts médicaux, les habitants des petits villages observent, impuissants, la fermeture de leurs pharmacies, peu attractives pour les candidats à l’installation.
dans l’hebdo N° 1897 Acheter ce numéro

© Élisa Centis
Dès l’ouverture de la pharmacie de Saint-Géry-Vers dans le Lot (900 habitants), les premiers clients sont déjà là, comme Sylvette, 77 ans. La retraitée est venue déposer un échantillon pour le laboratoire d’analyses médicales. Ce service est proposé par l’unique officine de « l’ancien canton », un territoire d’environ 1 500 habitants regroupant des communes de la vallée du Lot et du Causse.
« Je viens pour tout, les médicaments comme les vaccins, raconte la septuagénaire qui habite à cinq minutes de route. C’est plus rapide que le médecin. » Le généraliste de Sylvette est « surbooké ». En moyenne, pour avoir un rendez-vous, « il y a trois semaines de délai », glisse la retraitée, qui continue aussi de se rendre dans cette pharmacie pour « maintenir le tissu local ».
Depuis 2019, le rythme annuel moyen des fermetures d’officines a presque quintuplé dans les bourgs ruraux.
Depuis le 16 août 2025, les clients savent que les petites officines sont menacées. Ce jour-là, Olivier Bories, leur pharmacien, s’était joint au mouvement de grève contre un arrêté réduisant le plafond des remises sur les médicaments génériques. « Une mesure comme celle-là réduit la marge sur les médicaments. Cela aurait été la mort des petites officines comme la nôtre. Ici, 80 % du chiffre d’affaires dépend de la vente de médicaments », explique le pharmacien. La mesure a finalement été retirée, mais un autre danger pourrait se présenter dans cinq ans, quand Olivier Bories voudra prendre sa retraite. « Mon idée est de chercher un acheteur, mais je suis pessimiste. En ce moment, c’est compliqué de vendre », confie le pharmacien depuis son arrière-boutique.
En 2024, on recensait 24 270 pharmacies en France, soit environ 2 760 établissements de moins qu’en 2014, selon l’Ordre national des pharmaciens. Une baisse qui s’accentue dans les territoires ruraux, où se trouvent davantage de petites pharmacies. Depuis 2019, le rythme annuel moyen des fermetures d’officines a presque quintuplé dans les bourgs ruraux, alors qu’il a été multiplié par moins de deux dans les zones urbaines, selon l’Insee.
« 54 heures par semaine »Plutôt que de racheter une officine rurale, les candidats à l’installation ont tendance à se rassembler au sein d’établissements d’une dizaine de salariés. Ces « grandes boutiques », comme les surnomme le pharmacien de Saint-Géry, permettent de partager les tâches et de réduire le temps de travail.
Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter hebdomadaire :
Pour aller plus loin…
Santé mentale des jeunes : la lente perdition
« Nous sommes là pour repérer des signes de mal-être, de décrochage »
Pédopsychiatrie : à Nantes, huit lits pour se remettre debout