Pédopsychiatrie : à Nantes, huit lits pour se remettre debout
Alors que la Loire-Atlantique reste particulièrement sous-dotée en lits de pédopsychiatrie, le CHU de la ville a ouvert en septembre 2025 l’unité Philae, qui accueille sur quelques jours des adolescents et des jeunes adultes en situation de crise psychique.
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© Philae / CHU de Nantes
Il est à peine 9 heures ce jour-là et six adolescentes prennent leur petit-déjeuner. L’espace est agréable et lumineux, à dominante de blanc, avec des touches de couleur sur certains murs. Dans le long couloir, chaque pièce a sa fonction. Ici, les soignants ne portent pas de blouse. L’unité Philae, d’une capacité de huit lits, a ouvert en septembre 2025 à l’hôpital psychiatrique de Nantes. Elle accueille, dans un turn-over de patients qui raconte à lui seul le mal-être d’une partie de la jeunesse, des adolescents et des jeunes adultes de 15 à 20 ans. Tous, ou plutôt majoritairement toutes, sont envoyés ici par les urgences psychiatriques en état de crise psychique, souvent après un passage à l’acte suicidaire.
En ce début de journée, devant une tasse de thé, l’équipe pluridisciplinaire, composée de psychiatres, d’infirmiers et d’infirmières, d’un éducateur spécialisé, d’une assistante sociale et d’un psychologue, fait le point sur chaque patient. Les nuits peuvent être compliquées, les états d’âme mouvants. Hier soir, une patiente a fait une crise clastique (1). Un fauteuil en a fait les frais.
Cette nuit est arrivée une jeune fille qui avait déjà fait un séjour dans l’unité, après des idées suicidaires avec scénarios de pendaison ou intoxication médicamenteuse volontaire (IMV). Pour une autre est évoqué un entretien familial avec ses parents. Dans les couloirs et la salle commune, tout semble calme, mais la journée sera réglée comme du papier à musique.
Dans l’unité, on a un planning quasi à la demi-heure près, pour tenter de restructurer le quotidien.
L. de Macédo« Pour les jeunes qui arrivent à Philae, il y a souvent eu une inversion du rythme nycthéméral, c’est-à-dire une déstructuration du quotidien, explique la pédopsychiatre Léa de Macedo. Alors, dans l’unité, on a un planning quasi à la demi-heure près, pour tenter de restructurer le quotidien. » Après le temps d’éveil corporel, les patients peuvent s’inscrire à une médiation encadrée par des professionnels. Au moins une est obligatoire chaque jour. Un parti pris de l’équipe. « Cette unité de crise est très organisée autour des médiations, qui servent à la verbalisation des émotions, explique Guillaume Pinon, le psychologue. La médiation, avec son support, permet d’entrer plus facilement en lien avec les patients. »
Fabriquer un stick d’huiles essentielles, créer une playlist de « gestion émotionnelle », partager une chanson pour échanger sur les émotions qu’elle procure, produire un texte sur un vécu émotionnel, choisir une photo qui parle de soi, se relaxer, identifier ses limites… Le choix ne manque pas. Le téléphone, lui, n’est autorisé qu’une heure et demie par jour, en fin d’après-midi. L’unité est une bulle où le temps d’apaisement doit être le moins possible parasité par l’extérieur.
Permettre un espace de paroleCe matin, deux jeunes filles se sont inscrites à « In & out », une médiation autour de la peinture. Face à un trop-plein d’émotions, l’une d’elles, celle qui a cassé le fauteuil la veille, quittera la pièce, laissant derrière elle une œuvre
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