La pollution, un impensé colonialiste
Chlordécone aux Antilles, pénuries d’eau à Mayotte, aires d’accueil de gens du voyage contaminées, quartiers populaires asphyxiés… Les populations racisées paient le prix fort d’un racisme environnemental que l’écologie dominante peine encore à nommer.
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© AFP - Ludovic MARIN / POOL / AFP
Août 2025, dans l’Orne. Sous des chapiteaux baptisés « Angela Davis », « Aimé Césaire » ou « bell hooks », le festival Les Résistantes promettait de rassembler les militant·es écolos en intégrant « toutes les luttes ». Mais, à l’issue de ces quatre jours, plusieurs personnes racisées prennent le micro pour dénoncer des comportements racistes, des silences complices, des mécanismes d’exclusion. Cet épisode n’est pas un dérapage isolé. Il révèle une constante : dans une écologie militante majoritairement blanche, urbaine et bourgeoise, l’antiracisme et l’anticolonialisme sont fréquemment relégués au second plan.
« Dans les milieux militants, on parle souvent de justice sociale ou de justice climatique. Ce sont des notions utiles, mais elles euphémisent la dimension raciale du problème », explique Micheline Pham, membre du collectif Vietnam-Dioxine, créé en soutien aux victimes de l’agent orange, un herbicide utilisé par l’armée américaine lors de la guerre du Vietnam. Micheline Pham, qui était présente lors de cette édition du festival, ajoute : « J’espère que les événements des Résistantes auront un impact positif au sein des mouvements écolos, pour qu’ils intègrent davantage une grille de lecture antiraciste et décoloniale. »
Le terme « racisme environnemental » émerge au début des années 1980 aux États‑Unis, avec les mobilisations d’Afro‑Américain·es contre l’implantation de décharges toxiques et d’industries polluantes dans leurs quartiers. Il désigne le fait que les populations racisées sont systématiquement plus exposées aux nuisances environnementales (air pollué, sols contaminés, proximité d’usines, risques industriels), du fait de décisions politiques.
Un concept encore marginalEn France, le concept reste encore peu employé, y compris au sein de la recherche scientifique, où on lui préfère souvent des expressions plus neutres comme « justice environnementale » ou « inégalités écologiques », qui permettent de décrire les écarts d’exposition sans nommer le racisme ni la prolongation des rapports coloniaux. Dans le milieu militant écologiste, le terme apparaît ponctuellement, porté par des collectifs antiracistes, féministes ou décoloniaux, mais il demeure minoritaire face à un vocabulaire plus consensuel.
Le colonialisme est totalement lié aux luttes écologistes. Et seules les personnes qui n’ont pas envie d’ouvrir les yeux ne le voient pas.
LilithC’est précisément ce décalage que dénoncent les personnes rencontrées : alors que les exemples concrets de racisme environnemental s’accumulent en France, le refus de nommer le problème contribue à en faire un angle mort durable de l’écologie française.
Par exemple, la loi Duplomb a fait l’objet d’une très large couverture médiatique, accompagnée d’un élan militant et populaire. Elle était aussi au centre des discussions lors du festival Les Résistantes, alors que la question du chlordécone est restée au second plan, d’après Lilith, militante au sein du Collectif des
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