« All About Love », amour et militantisme

Glamour et politique, l’exposition au Grand Palais à Paris consacrée à ­Mickalene Thomas place la douceur au cœur de l’activisme africain-américain.

Pauline Guedj  • 6 février 2026 abonné·es
« All About Love », amour et militantisme
Le Déjeuner sur l’herbe. Les trois femmes noires, 2010.
© Mickalene Thomas

Après un passage au Broad de Los Angeles et aux Abattoirs de Toulouse, l’exposition que le Grand Palais consacre à l’artiste africaine-américaine Mickalene Thomas débute et s’achève par une citation. En exergue, imprimés sur les murs, des mots de bell hooks, penseuse féministe du militantisme et des arts africains-américains à qui l’exposition est dédiée : « Pour aimer vraiment, nous devons apprendre à mélanger plusieurs ingrédients : soin, affection, reconnaissance, respect, engagement et confiance, ainsi qu’une communication honnête et ouverte. »

Et en conclusion, dernier arrêt pour le visiteur, les propos de James Baldwin, romancier, essayiste et activiste : « On ne peut pas changer tout ce que l’on affronte, mais rien ne peut changer tant qu’on ne l’affronte pas. » D’une citation à l’autre, l’exposition se déploie comme un parcours oscillant entre deux pôles. D’un côté, la nécessité pour les artistes africains-américains d’élaborer un art politique, engagé, qui se confronte aux enjeux du racisme, de la discrimination et des inégalités. De l’autre, l’exaltation de l’art comme un espace où l’amour peut librement s’exprimer. 

Chez Mickalene Thomas, tout l’enjeu conceptuel repose alors sur l’articulation entre ces deux approches et sur la possibilité de faire d’une esthétique apaisée une modalité du politique. Née en 1971 dans le New Jersey, l’artiste se forme au sein de plusieurs institutions prestigieuses : un passage à Portland dans les années 1980, une année à la Southern Cross University en Australie, des études au Pratt Institute de New York, puis à Yale.

Il s’agit pour Mickalene ­Thomas de restaurer la confiance détruite par l’expérience de l’esclavage et de la ségrégation.

De cette trajectoire aussi riche que classique naît un intérêt pour plusieurs techniques – la peinture, le collage, la photographie, la vidéo – et un désir de s’inscrire à la fois dans la continuité des arts européens – clins d’œil à Manet, Ingres ou Monet à l’appui – et dans un dialogue avec de grands courants des arts africains-américains, du Black Arts Movement plastique et théâtral des années 1960 à la blaxploitation dans le cinéma des années 1970, de la soul au hip-hop et au R&B contemporain autour de figures comme Solange Knowles.

Figures féminines

En malaxant ces références, il s’agit pour Mickalene ­Thomas de restaurer la confiance détruite par l’expérience de l’esclavage et de la ségrégation, de contempler des corps que l’histoire et les tragédies contemporaines continuent d’altérer, et surtout de créer dans l’art et par l’art des récits où le sentiment amoureux peut enfin se répandre dans une clarté rêvée, et ce malgré la douleur et les sévices liés au racisme. 

Pour créer cette dialectique entre amour et politique, Mickalene Thomas se concentre presque intégralement sur la sublimation de figures féminines. À l’exception d’une salle nommée « Résister », où elle illustre l’activisme des droits civiques, du Black Power et de Black Lives Matter (ne pas louper le très fort Guernica Detail (Resist #7), où la référence à

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Temps de lecture : 8 minutes

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