À Hellemmes-Ronchin, « on paye pour notre mort »
Depuis plus d’une décennie, l’association Da So Vas dénonce des conditions de vie alarmantes sur l’aire d’accueil en bordure de Lille et demande des solutions de relogement. Ce lieu est devenu un symbole du racisme environnemental subi par les gens du voyage.
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© Thomas Lefèvre
Coincée entre une cimenterie, une concasserie de gravats, un champ d’agriculture intensive, un échangeur d’autoroute et une voie ferrée, l’aire d’accueil pour gens du voyage d’Hellemmes-Ronchin, en banlieue proche de Lille (59), abrite plus de 200 personnes. Les caravanes y sont installées sur une chape de bitume découpée en 25 emplacements, avec quelques sanitaires vétustes mis à disposition. Pour se rendre sur place, il faut traverser une zone industrielle, loin du centre-ville, des commerces et des services essentiels. « On nous cache », s’agace Sue-Ellen Demestre, directrice de l’association Da So Vas, qui lutte contre le racisme et pour l’habitat digne des gens du voyage.
Certains n’ont pas d’autres choix que de s’installer ici, sans sanitaires ni bennes à ordures.
S-E. DemestreDepuis l’axe routier principal, avant l’aire d’accueil, on distingue un parking immense entouré d’un mur de barbelés. Au milieu des nombreux détritus qui jonchent l’endroit, des enfants jouent avec des pneus usés entre les caravanes. Sue-Ellen explique : « L’aire est un peu plus loin, mais elle est surpeuplée. Donc certains n’ont pas d’autres choix que de s’installer ici, sans sanitaires ni bennes à ordures. »
Tout au bout du chemin, juste avant l’entrée de la cimenterie, on arrive enfin à destination. Un ballet incessant de camions et de bétonnières passe, en soulevant un épais nuage de particules à chaque passage. « C’est le temps idéal pour la poussière », glisse ironiquement Sue-Ellen, en se protégeant les yeux. La plupart des membres de sa famille vivent là depuis plusieurs décennies, avant même que l’aire d’accueil d’Hellemmes-Ronchin ne soit construite en 2006, lorsque le lieu ressemblait davantage à un terrain vague. À l’époque, cependant, ils voyageaient davantage et ne passaient que quelques mois de l’année sur place.
« On a eu toutes les maladies du monde »Aujourd’hui, tous, ou presque, sont touchés par de lourds problèmes de santé. Un des oncles de Sue-Ellen Demestre a une maladie de peau rare qui nécessite un traitement expérimental, tandis qu’un autre vit sous assistance respiratoire dans sa caravane. « Il est en fin de vie dans des conditions horribles », lâche la présidente de l’association. Quant à la coprésidente, Bernadette, elle a un « gros suivi médical » à cause d’une pathologie respiratoire.
Le collectif Da So Vas, qui signifie « donner la main » en romani, a été créé au début des années 2010 par plusieurs femmes, dont Carmen, l’une des sœurs de Sue-Ellen et actuelle présidente de l’association. « Elles ont réussi à obtenir des réunions avec la métropole lilloise, et ma sœur m’a traînée là-bas car je parle bien français, détaille Sue-Ellen. J’ai pris la parole et, depuis, je ne l’ai plus jamais lâchée. »
Sue-Ellen Demestre (en robe verte) à côté de sa sœur Cindy. (Photo : Thomas Lefèvre.)L’installation d’une concasserie de gravats à deux pas de l’aire d’accueil en 2013 et les problèmes de santé qui s’accumulent ont poussé ce groupe de femmes à s’organiser et à militer ensemble pour défendre leurs droits. Selon leur recensement, sur dix naissances, sept enfants sont asthmatiques. Ils sont parfois contraints de manquer l’école pendant plusieurs mois pour des raisons médicales. Du côté des parents, beaucoup sont dans l’impossibilité de travailler pour les mêmes raisons, couplées à
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