La vie n’est pas un poney club (épisode 13)
« L’ironie est un sport de combat » comme ne disait pas du tout Pierre Bourdieu : retrouvez donc cette revue de presse sarcastique tous les 15 jours, si tout va bien (édition du 3 septembre 2026).
dans l’hebdo N° 1930 Acheter ce numéro

Brégançon et lumière
Notre maison brûle et nous regardons Emmanuel Macron du Touquet, alias « Manu Macs », faire le foufou sur son jet-ski à Brégançon.
Canadair de rien
Je suggère d’utiliser désormais le prix du Canadair comme mesure étalon de tous les cadeaux fiscaux du macronisme aux plus riches et aux multinationales, histoire de mieux visualiser ce que ça représente.
Retour à l’anormal
Avec la baisse relative des températures en cette fin d’été, le gouvernement Lecornu va enfin pouvoir retourner à ses activités préférées, après tant de journées moroses où cette satanée écologie s’est imposée à lui : le racisme et la chasse aux pauvres.
Déni oui, ni non
Toutes ces heures d’antenne des chaînes en continu sur les feux cet été sans jamais évoquer l’inaction climatique, les lois écocides, le dézingage des services publics. On aurait dit un « ni oui ni non » version climatonégationniste.
On résume en résumé
Ces vagues de canicule et ces incendies partout en France et en Europe, ces tornades, ces fleuves à sec ou ces glaciers qui rompent au Népal et au Tibet n’ont toujours pas pu être évités grâce au technosolutionnisme, à « l’écologie pragmatique », au « bon sens » ou aux « petits gestes malins du quotidien ». Quand ça ne veut pas…
Le gros travail qui a été fait
Cet été infernalement infernal, amené à devenir banalement banal, aura au moins permis d’installer le dérèglement climatique comme sujet prioritaire de l’élection présidentielle et de faire émerger la figure combative de Monique Barbut* – la ministre presque démissionnaire de la Transition écologique –, dans le débat public**.
(* Monique qui ?)
(** Cette cascade sarcastique est réalisée par un professionnel, ne tentez pas de la reproduire chez vous.)
Super Tomate
Monique Barbut*, puisqu’on en parle, c’est un peu comme le mystère du potage à la tomate lyophilisé du distributeur de la cafète : on ne comprend pas ce que ça fait là, personne n’en parle jamais, on passe à autre chose et puis, un jour, un truc nous rappelle que c’est quand même toujours là.
(* Monique qui ?)
Ça donne envie de cramer des palettes (mais il fait encore trop chaud pour ça)
On se passerait bien de parler de Gabriel Attal, si cette gravure de mode creuse n’incarnait pas à sa façon une perpétuation agonisante du macronisme dont on se gausse autant qu’elle nous navre. Non content de vouloir prolonger l’existence de ce courant politique dont plus personne ne veut (hormis le Medef et quelques retraités du Touquet), Gabriel Attal a passé son été à faire n’importe quoi et surtout du sale. C’est ainsi au Journal du dimanche, journal d’extrême droite, qu’il a livré des éléments de son programme pour la présidentielle (où ses chances d’être élu avoisinent celles d’une cagette de courgettes), avant d’aller étaler son antitsiganisme devant les caméras des chaînes en continu (ça ne mange jamais de pain le racisme contre les Voyageurs). Pendant que les forêts brûlaient, Gabriel, lui, braconnait en terre RN sans vergogne, attisant les flammes de la xénophobie. Quelqu’un pour lui expliquer que le segment des politiciens minables de droite obligés de recourir au racisme pour exister est plus blindé qu’un couloir de nage à la piscine municipale aux heures de pointe, et qu’il va boire la tasse ?
P.-S. : au passage, Gabriel Attal propose, s’il est élu, que le ministre de l’Éducation reste en place 5 ans (il y est resté 6 mois) et se dit « convaincu que la pédagogie peut renverser la sociologie » (lui, cet héritier de bonne famille ayant créé les groupes de niveau au collège pour renforcer le tri social).
Nuit tu me fais peur, nuit tu n’en finis pas
Gabriel Attal, (hélas) toujours lui, a expliqué devant le Medef que ce qui l’empêchait de dormir était « le moral des entrepreneurs ». Personnellement, moi, ce sont plutôt les 2 300 enfants à la rue, mais chacun ses insomnies, hein.
Le groupe vit bien
À défaut d’un grand plan d’adaptation au réchauffement climatique après un été mortifère (le funeste bilan de surmortalité atteint en France de 7 300 personnes à ce jour) ou d’acheter du matériel et des équipements de protection aux pompiers, on se consolera avec les trois parcs d’attractions – dont un consacré à Dragon Ball Z – qui devraient voir le jour en région parisienne, financés en partie par le régime saoudien, celui qui découpe les journalistes et piétine les droits des femmes et réprime les personnes LGBT. Arrêtons de toujours tout voir de façon négative, dans ce pays.
La lueur d’espoir : Le Cul du melon
Le roman sarcastique de Laurent Percelay, par ailleurs dessinateur sous le pseudo de James, démarre dans un supermarché, où fait rage une querelle soudaine entre clients sur la meilleure méthode pour choisir la cucurbitacée : à l’odeur, au poids, au pédoncule… S’ensuit un buzz sur les réseaux sociaux, dont les médias s’emparent, jusqu’à l’Élysée et l’Organisation mondiale du commerce. Le livre décrit avec un humour acidulé et un réalisme croquant l’emballement autour d’un micro-événement, se transformant en crise politico-agricole internationale. À consommer sans pépins ni modération, et selon sa technique préférée.
On n’est pas venus ici pour souffrir, ok ?
Léa Salamé se retire temporairement du 20 heures de France 2, son compagnon Raphaël « Cap clair, han » Glucksmann se présentant à la primaire social-démocrate. Et pourquoi pas un retrait définitif simultané de ces deux-là, histoire de faire plaisir à tout le monde ?
Avez-vous la carte du magasin ?
Est-ce qu’au bout de 5 fuites de données du fisc, on en obtient une gratuite ?
Rance dimanche
Le directeur adjoint du journal raciste Valeurs actuelles, Charles Sapin, va officier sur France Inter en tant qu’éditorialiste, le dimanche. La radio publique déroule donc le tapis rouge au fascisme, par conviction peut-être (mauvaise idée) ou pour s’en gagner les faveurs futures (mauvaise idée). Un peu comme le capitaine pirate dans Astérix, qui coule son navire lui-même à la hache devant les Gaulois : « Sabordons-nous, le résultat sera le même, et ça nous évitera quelques baffes » (mauvaise idée).
Déso’ la commu’
Il faut « fermer les vannes de l’immigration à Mayotte » estime Édouard Philippe, dans sa course en sac à patates raciste avec les autres candidats de droite. Suggestion pour un monde meilleur : que l’immigration à Mayotte ferme plutôt les vannes d’Édouard Philippe ?
Très drôle, on se marre
Édouard Philippe, (hélas) encore lui, veut mettre fin à « l’open bar » des arrêts de travail. Est-ce que ça vise les plus de 6 millions de Français qui n’ont pas de médecin traitant et/ou vivent dans les 87 % du territoire considérés comme des déserts médicaux ?
Il y a des lacs qui se perdent
Le président orange, furieux de voir le Canada lui tenir tête en matière commerciale, a signé un décret renommant le lac Ontario en « lac d’Amérique » (il avait déjà fait le coup avec le golfe du Mexique). En 1939, George Orwell, qui avait tout prévu, écrivait : « Il est bien possible que nous soyons en train de nous enfoncer dans une ère dans laquelle deux plus deux feront cinq quand le leader le décidera. » Accrochez-vos ceintures : nous y allons plus que jamais.
Déshonneur d’État
Il y a des infos, comme ça, qui résument assez parfaitement l’air pollué d’une époque. Comme celle-ci : Ratko Mladić, ancien chef militaire des Serbes de Bosnie, alias « Le Boucher des Balkans », condamné à la prison à vie pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l’humanité, décédé le 27 août, recevra en Serbie (pays candidat à l’Union européenne) les honneurs militaires et d’État. Je ne voudrais pas casser cette belle ambiance, mais je ne suis même pas sûr que ce soit la chose la plus laide que vous lirez cette semaine (d’autant que la merveilleuse Dolly Parton n’est plus de ce monde).
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