La vie n’est pas un poney club (épisode 12)
« L’ironie est un sport de combat » comme ne disait pas du tout Pierre Bourdieu : retrouvez donc cette revue de presse sarcastique tous les 15 jours, si tout va bien (édition du 21 juillet 2026).
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Ça donne envie de cramer des palettes
Faisant fi d’avoir été condamnée par deux fois par la justice pour détournement de fonds publics, Marine Le Pen, la fille du tortionnaire en Algérie, a donc décidé de débrancher le robot Bardella et de se présenter à la présidentielle 2027. Rien de très nouveau là-dedans, la cheffe de file de l’extrême droite française y serait allée, même si elle avait eu toute l’usine de fabrication de bracelets électroniques. Dans ce « moment de grâce » de la vie politique française (le jour même où l’Assemblée nationale votait le permis de tuer des policiers et gendarmes et où on apprenait la nomination future de François-Noël Buffet, extrême droitier et homophobe notoire, comme futur Défenseur des droits), les chaînes en continu ont vécu la meilleure de leur meilleure vie. Après une couverture live de la journée de tribunal faisant honneur au journalisme (« Il se pourrait qu’elle arrive par cette porte ! »), elles ont ensuite déroulé des débats où les éditocrates de plateau poussaient des coudes pour nous vendre le narratif romanesque attendu, sur l’air d’« elle prend son risque, elle y va, elle a du courage, sa campagne commence ». Normalisation du RN, invisibilisation des condamnations de Le Pen et des cadres du parti, récit énamouré de sa candidature, sondages matraqués pour afficher une victoire inexorable : rien n’a manqué. « Pire que le bruit des bottes », le frétillement de contentement des bonnettes de micros.
Le mauvais esprit des lois
Le regrettable député RN de la Somme Jean-Philippe Tanguy a, sur le sujet, estimé que « Marine Le Pen est la mieux placée pour savoir si elle est innocente ou coupable et elle est innocente ». Et dire que nous sommes là, nous, à nous faire des ulcères à l’estomac et des nœuds au cerveau avec l’État de droit, les tribunaux, les lois, le Code civil, le Code pénal et tout le toutim, alors qu’il suffit de décider soi-même, au final.
Pour du beurre
« Venez, on joue à la politique française, on dit qu’on vote des peines d’inéligibilité mais en vrai c’est juste pour de faux et même les méchants condamnés y seront des gentils en fait, hein, d’acc ? »
Le vol noir des corbeaux du RN sur nos plaines
À Liévin, en terre turbofrontiste, Marine Le Pen s’est permis de citer « Le Chant des partisans » dans un discours. Après la récupération de Marc Bloch par le dauphin Bardella, on n’est plus à l’abri désormais de les voir scander « sciamo tutti antifascisti » à la fin de chaque meeting.
Que les rabat-joie demeurent
Dans son 8e rapport annuel, le Haut Conseil pour le climat estime que la France est « dimensionnée pour un climat qui n’existe plus ». Encore un organisme pisse-vinaigre que « l’honnêteté » n’a pas « conduit » à « regarder » le « gros travail » qui « a été fait », pour reprendre les mots d’Emmanuel Macron du Touquet à propos de l’adaptation au changement climatique. L’ingratitude règne dans ce pays, décidément. Pour coller des couvertures de survie aux fenêtres, là, il y a du monde, mais dès qu’il s’agit de s’enthousiasmer, c’est morne plaine.
« On ne s’adapte pas à un pic de canicule »
Une femme de 93 ans, Louisette, aide-soigante à la retraite, est décédée d’hyperthermie dans son appartement de Sceaux, dont on avait retiré les volets depuis un an pour travaux. À Paris, une autre femme, Wahida, 66 ans est, elle, morte dans une chambre de bonne, au 7e étage. Il disait quoi, déjà, Yann Barthès ? Ah oui : « Si vous croisez Bernard Arnault, il aura chaud. Un ministre, il aura aussi chaud que vous ou que votre voisin du dessus ou du dessous ». Rappel : en juin, la France a enregistré, selon le ministère de la Santé, une surmortalité de 2 000 décès. Chose étonnante, ni Bernard Arnault, ni aucun ministre ne figurent sur la liste.
Qui aurait pu précuire ?
Le ministre du Travail : « On ne peut pas arrêter la France à partir de 30 °C. »
La SNCF : « Votre train est supprimé en raison des fortes chaleurs. »
Caramba, encore raté !
Ce nouvel enfer caniculaire de juillet ne vous a toujours pas été offert par « l’écologie punitive ». (Décidément.)
P.-S. : On attend toujours les effets de « l’écologie pragmatique qui ne dérange personne » et du « technosolutionnisme qui va tout arranger », par contre. (Insérer ici rires très jaunes.)
Plus qu’hier mais pas moins que demain
Mon appli météo, en pleine vague de chaleur, se pique d’existentialisme désabusé : « S’attendre à la même chose qu’hier ».
Métaphore de café
« C’est l’été, c’est normal, il fait toujours chaud l’été, je ne vois vraiment pas le problème » se disait la grenouille, cuisant sans s’en rendre compte dans la casserole bouillant à petit feu.
Intolérance zéro
Emmanuel Macron du Touquet s’est montré très ferme concernant les responsables des incendies dans les forêts françaises. « Il n’y aura aucune tolérance et nous serons intraitables. » On attend ainsi ses actions contre les entreprises écocidaires comme Total et les politiciens qui ont coupé dans les budgets des services publics en charge des feux et des forêts (les effectifs de l’Office national des forêts étant, par exemple, passés de 15 000 en 1985 à moins de 9 000 en 2020) ? #OhAttendez
Duplomb dans l’aile
Et pendant que la France meurt de chaud et brûle, l’Assemblée nationale a voté la réintroduction de pesticides interdits, l’acétamipride et le flupyradifurone. Pas grave, il suffira d’accuser comme d’habitude la cancel culture, les étrangers, les pistes cyclables et le wokisme si l’eau du robinet a un goût de javel, ou de mort.
La loupiote d’espoir : « Utiliser l’Histoire » de Jean-Christophe Piot
D’Emmanuel Macron à Marine Le Pen, ils et elles sont nombreux, parmi les politiques, à citer des épisodes du passé pour mieux commenter, justifier ou expliquer leurs actions présentes. Problème : cela s’accompagne trop souvent d’erreurs, d’anachronismes… par maladresse ou inculture mais aussi souvent à dessein. « De toutes les approximations que livrent nos politiques, pourquoi tolérer celle-ci ? » interroge l’auteur Jean-Christophe Piot, historien et journaliste. D’Athènes et Sparte à l’uniforme à l’école, il remet les pendules à l’heure s’agissant d’une trentaine d’événements. Un livre didactique et salutaire, avant les élections de 2027, et à l’heure de l’IA et de la désinformation.
Tout est politique !
La porte-parole du gouvernement illégitime, Maud Bregeon, a estimé que la motion de censure des Écologistes contre le gouvernement pour inaction climatique était une « posture politique ». Je cherche encore à cette heure ce que serait une motion de censure « apolitique », je regarde donc du côté d’une soirée karaoké, d’une partie de Uno ou d’un tri de chaussettes par couleur. Pas sûr que ça donne quelque chose, je vous tiens au jus.
On n’est pas venus ici pour souffrir, ok ?
Comme si elle n’était pas déjà assez difficile comme ça, voilà que la vie nous rappelle de temps à autre l’existence d’Édouard Philippe.
On résume en résumé
Non, chers médias dominants, ce ne sont ni « un dérapage raciste » ni « des propos aux relents racistes » : c’est juste du racisme.
Ce pays ne sait décidément pas s’amuser
Mais pourquoi diable nous a-t-on privés du plaisir de voir les Brav-M défiler avec leurs beaux et traditionnels équipements fascistes sous un soleil de plomb et une chaleur à tomber ? Ça aurait pu donner un si beau spectacle à regarder, avec un paquet de pop-corn à la main.
Royal au bar
« Je prends cette initiative avec humilité, sans ego, et sans posture de supériorité comme on en voit trop. » Oui, Ségolène Royal a réellement prononcé cette phrase pour annoncer sa participation à la primaire socialiste pour la présidentielle. Qui a dit que le personnel politique français n’avait aucun humour ?
Oublie que tu n’as aucune chance, vas-y, fonce !
Il existe donc un monde où Bernard Cazeneuve pense avoir des chances de remporter la présidentielle*.
(* Fonctionne aussi avec Fabien Roussel ou Gabriel Attal.)
Fin des programmes
Après quelques tours de manège, constatant qu’un « gros travail a été fait » (ce que « l’honnêteté doit conduire à regarder », comme dirait l’autre), le club ferme les enclos et range les sabots. À bientôt, dans quatre ou cinq canicules d’ici à la rentrée ? Qui sait ? Qui pourrait prédire ?
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