La vie n’est pas un poney club (épisode 11)
« L’ironie est un sport de combat » comme ne disait pas du tout Pierre Bourdieu : retrouvez donc cette revue de presse sarcastique tous les 15 jours, si tout va bien (édition du 9 juillet 2026).
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Ça donne vraiment envie de cramer des palettes (même s’il fait trop chaud pour ça)
Les canicules de mai et de juin (avant les prochaines) nous ont offert un festival de moments politico-médiatiques où le déni l’a disputé à la bêtise. Rappelant ce faisant le film Don’t Look Up, où un scientifique essaie en vain d’alerter sur la chute prochaine d’une comète sur Terre. Ainsi, sur BFMTV, le climatologue Christophe Cassou, un des coauteurs du sixième rapport d’évaluation du GIEC, a dû subir cette remarque d’un éditorialiste fier de lui, à propos des scientifiques : « Vous n’avez pas été très convaincants. » De son côté, alors que le pays suffoquait et que des gens mouraient de chaud au sens propre, Emmanuel Macron du Touquet se fendait de cette sortie trumpiste : « On ne s’adapte pas à un pic qui n’a pas d’équivalent aujourd’hui en Europe et qui n’a jamais eu d’équivalent dans notre histoire. » Façon de dire qu’il n’y a rien à faire (il ne fait rien depuis 2017, de fait) et qu’il suffit de continuer à foncer dans le mur des rapports scientifiques depuis 40 ans, en klaxonnant de plus en plus fort. Enfin, dans un autre genre, Yann Barthès, présentateur de Quotidien, a cru très irrévérencieux, lui, de se moquer des personnes précaires, qui vivent dans des étuves sous les toits et auraient trop tendance à le rappeler sans cesse. Pour lui, nous serions « tous logés à la même enseigne » face à la chaleur. « Si vous croisez Bernard Arnault, il aura chaud. » Je ne sais pas si les personnes âgées mortes seules dans leur appartement à 47 degrés ou celles sans domicile décédées dans l’indifférence et la rue ont eu le temps de méditer cette belle leçon de vie. Mais Bernard Arnault va pouvoir, lui, en tout cas.
P.-S. : chiche de couper la climatisation (comme le propose cette pétition) sur le plateau de Quotidien, Yann, puisqu’on est « tous logés à la même enseigne » ?
Merci patron !
Selon Santé publique France, le nombre de décès a augmenté de presque 30 % en France et de plus de moitié (62 %) en région parisienne lors de la semaine du 22 juin. Est-ce que tout ce petit monde a été « conduit » par « l’honnêteté » à regarder « le gros travail » qui « a été fait » quand même ou va-t-il falloir encore réclamer des remerciements à ces « Gaulois réfractaires au changement », comme d’habitude ? (Oui, ces citations sont 100 % garanties chef de l’État.)
Système D(ésespérant)
En France, on n’a pas de pétrole, mais on a des couvertures de survie scotchées aux fenêtres des écoles et des hôpitaux.
Voyage, voyage, Jean-Pierre !
Même si « on ne s’adapte pas » (voir plus haut), le ministre illégitime du Travail, Jean-Pierre Farandou, compte faire un voyage d’étude en Espagne pour y voir comment on gère les canicules (comme s’il n’existait pas de spécialistes du climat et d’urbanistes en France, voilà qui va leur faire plaisir). Attention au choc en découvrant la réussite d’un pays gouverné par la gauche, Jean-Pierre, quand même. Il ne faudrait pas revenir de ces petites vacances et vouloir soudainement augmenter les salaires ou s’attaquer réellement aux violences sexuelles.
P.-S. : on me glisse dans l’oreillette que « regarder ce qui se fait de bien à l’étranger » ne comprend que les mesures de droite ou d’extrême droite. C’est vraiment mal foutu.
Triangulation des bermudas
En parlant de nouvel épisode de canicule, on devrait logiquement y échapper puisque le gouvernement français, qui effectue depuis 2017 « un gros travail » en matière d’adaptation au réchauffement climatique a pris LA décision qui va tout changer : étendre la période des soldes d’été qui permettra aux gens de s’acheter un « joli bermuda bien coupé » et « une chemisette qui a de l’allure » avec les « chaussures qui vont avec ».
P.-S. : vous ne rêvez pas, ces mots ont réellement été prononcés par le ministre illégitime du Travail, encore lui, interrogé sur les vêtements possibles à porter au bureau en période de canicule.
Même énergie
« Qu’ils mangent de la brioche ! » = « Qu’ils mettent un joli bermuda bien coupé, une chemisette qui a de l’allure et les chaussures qui vont avec ! »
Et pendant ce temps-là
« Notre maison brûle et nous regardons le Conseil d’État valider définitivement l’autoroute A69, les sénateurs dézinguer les zones humides et réintroduire des pesticides. »
Urgence pour le climat(iseur)
Qui aurait pu prédire que des personnes précaires poussées à bout par la canicule se battraient pour des climatiseurs bon marché d’un hard discounter lors d’une opération marketing finement orchestrée afin d’obtenir de telles images ?
Chaleur against the machine
L’autre jour, par 39 °C, j’ai voulu m’acheter une glace mais la machine était en rade à cause de la chaleur (j’apprenais aussi peu avant qu’un Picard, quelque part, avait dû fermer ses portes, ses congélos ayant surchauffé). Alors je veux bien que le pays ne puisse pas être « mis à l’arrêt », comme nous l’explique le gouvernement non élu, mais il semblerait que les machines ne soient pas trop d’accord.
La loupiote d’espoir : Paris1970_2026
Voici un compte Instagram assez fascinant, qui pioche dans les archives de photos de rue de la Bibliothèque historique de la Ville de Paris (BHVP), en les comparant à des photos actuelles, prises au même endroit, 56 ans plus tard (photo ci-dessus, rue des Messageries). L’occasion de mesurer la mutation de la ville avant sa gentrification, la disparition de certains immeubles ou quartiers (engloutis par le périphérique, qui n’était pas encore terminé), de nombre de petits commerces populaires, bistrots et restaurants, mais aussi de constater le redécoupage de l’espace public, le recul de la voiture (qui avait le droit à être partout à l’époque) ou à quel point la Ville lumière était maculée de pollution. À noter aussi en complément, une exposition à Paris, « C’était Paris en 1970 », à la BHVP toujours, jusqu’au 7 octobre 2026.
Mais avant, comment c’était mieux ?
À écouter certains commentateurs spécialistes en commentaires, il faisait déjà chaud avant en été et les gens ne se plaignaient pas, héroïques qu’ils étaient. C’est sans doute pour ça qu’absolument personne ne nous parle jamais de l’été 1976, j’imagine ?
IA quoi ?
Dans un rapport, la députée macroniste Céline Calvez suggère d’initier les enfants à l’intelligence artificielle générative dès la 6e, voire dès l’école élémentaire. Dans le même temps, aux États-Unis, le constructeur Ford revoit sa stratégie IA et réembauche des ingénieurs qualifiés pour économiser « des centaines de millions de dollars ». Comme on dit : deux data centers, deux ambiances ?
Positive attitude
Si un jour vous ratez une de vos fêtes, pensez à celle des États-Unis pour leurs 250 ans d’indépendance, organisée par le président orange : ça ira tout de suite mieux. (Évitez quand même l’arc de triomphe en carton-pâte grotesque dans le jardin, ne tentez pas le diable.)
Le groupe vit bien
L’Assemblée Nationale est appelée à se prononcer sur une proposition, portée par le député Éric Pauget (LR), visant à reconnaître une présomption de légitime défense pour les forces de l’ordre dans l’exercice de leurs fonctions. En résumé, une sorte de permis de tuer. Dans un pays où 66 personnes sont mortes lors d’interventions policières en 2024, dont 27 par arme à feu – record absolu depuis 1967 et record d’Europe –, on voit mal ce qui pourrait mal tourner, à part à peu près tout. Qui aurait pu prédire ?
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