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Publié le 17 décembre 2007

Des LBO pas très sociaux

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Dans une lettre ouverte adressée au président de l’Association française des investisseurs en capital (Afic), le collectif LBO, qui milite contre la financiarisation de l’économie, conteste une étude sur « l’impact social des opérations de LBO en France », citée dans un article du Financial Times du 6 novembre.

Cette lettre ouverte du collectif LBO porte sur la technique de Leverage Buy Out (LBO), la plus utilisée par les fonds d’investissement pour l’achat d’entreprise (http://www.collectif-lbo.org). Elle met en lumière les méthodes de ces fonds pour justifier leurs opérations spéculatives. En utilisant la technique du LBO, les fonds rachètent à crédit des entreprises et remboursent la dette générée par le rachat en puisant dans les bénéfices dégagés grâce à une rentabilisation à marche forcée de l'entreprise concernée. L'idée est de pouvoir revendre la société au bout de quelques années avec une plus-value conséquente.

Ces méthodes d’acquisition d’entreprises par effet de levier sont très controversées. Evaluer les conséquences de ces pratiques spéculatives sur l’emploi, les salaires et les conditions de travail est l’objet d’une bataille menée depuis quelques années par le collectif. Car, « les LBO des fonds d’investissement illustrent parfaitement les dérives du capitalisme financier ; de plus en plus d’entreprises, des PME aux grands groupes du CAC 40 ont des politiques de gestion répondant à la sur-création de valeur pour l’actionnaire ».

La lettre ouverte s’appuie sur une évaluation critique d’une étude sur « l’impact social des opérations de LBO en France », citée par le président de l’Association française des investisseurs en capital (Afic) dans un articlue récent du Financial Times.

Réalisée par Alain Gély, statisticien, économiste et ancien responsable de la méthodologie des enquêtes statistiques au ministère de l’Industrie, par ailleurs membre du collectif LBO, l’analyse de l’étude du cabinet Constantin révèle qu’elle « est affectée par de très sérieuses distorsions (biais de sélection, taux de réponse faible) qui en invalident totalement les résultats quantitatifs. Au total, les 94 entreprises répondantes ne peuvent absolument pas être considérées comme représentatives du millier d’entreprises sous LBO ni comparées brutalement aux autres entreprises françaises. De plus, les informations qualitatives recueillies auprès des seuls chefs d’entreprise reflètent certainement très mal le point de vue des salariés concernés ».

Le Collectif LBO regrette aussi dans sa lettre « que les cas scandaleux […] (notamment ARENA, CEGELEC, EUROFARAD, TDF & VVF) n’aient fait l’objet d’aucune sanction » de la part de l’Afic. « Le supposé “code de déontologie” validé par l’Autorité des marchés financiers ne serait-il qu’un alibi à conduire une politique économique dans les entreprises sans en assumer les conséquences sociales ? » Le collectif ajoute : « Nous ne pouvons accepter de voir le droit social continuer d’être ainsi bafoué dans notre pays, sous prétexte que les fonds d’investissement actionnaires d’une entreprise sous LBO se considèrent comme des irresponsables en la matière (pouvant cautionner une direction d’entreprise qui mettrait en danger la vie d’autrui), et ce alors qu’ils sont les premiers à revendiquer leur action dans la création de valeur ».

Plusieurs centaines d'entreprises seraient concernés en France par des LBO, « avec à la clé précarité et suppression d'emplois pour assurer la rentabilité », selon le député communiste Alain Bocquet, qui a demandé une commission d'enquête sur leur coût social. « Demain n'importe quel groupe peut-être concerné, comme par exemple la tentative de rachat de Vivendi par le groupe KKR (fonds d'investissements américains) qui était prêt à mettre 40 milliards d'euros », a indiqué Philippe Matzkowski, président-fondateur du collectif LBO. Ce rachat par endettement, s'il s'était concrétisé fin 2006, aurait été le plus important de ce type jamais réalisé dans le monde.

« Selon les données publiées par l’Association française des investisseurs en capital, et sur la base d’une étude réalisée par le cabinet d’audit Ernst&Young, en 2005, le capital investissement a levé 12 milliards d’euros et a investi 8,1 milliards d’euros dans 1 253 entreprises non cotées, soit une hausse de 55,6 % par rapport à 2004. Il représente, à travers les 4 852 entreprises en portefeuille, près de 200 milliards d’euros de chiffre d’affaires et plus de 1,5 million d’emplois, soit près de 9 % des effectifs salariés du secteur privé », indique aussi un rapport parlementaire présenté par Alain Bocquet.


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