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Publié le 9 juin 2009

L’économie sociale et solidaire avait tant besoin de publier un publi-rédactionnel dans Libération qu’elle sombre dans les dérives…

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Fallait-il se lancer à grands frais dans ce mécano publicitaire ? Le secteur de l’économie sociale et solidaire avait-il besoin d’en passer par la publication de huit pages de propagande dans Libération du 5 juin 2009 pour défendre sa « démocratie économique » ? Au point de ne pas être trop regardant sur la réalisation de ce « supplément » ?
Illustration - L’économie sociale et solidaire avait tant besoin de publier un publi-rédactionnel dans Libération qu’elle sombre dans les dérives…
Petit récit sur ce très « spécial économie sociale et solidaire » où les questions sociales, solidaires et environnementales ont passablement disparu. Et quelques révélations…

Quand l’autre économie se fourvoie, la gabegie financière et la précarité sont au rendez-vous… En effet, dans son édition du 5 juin, Libération a publié un huit pages intitulé « Focus », un « publi-information » dont le contenu a mis entre parenthèse les questions qui fâchent un monde où s’aventurent peu de journalistes d’investigation. Car ce « Focus » est un « spécial économie sociale et solidaire », titré : « Entreprendre ensemble autrement ». Sa réalisation a été confié à Buzi’com et à SOS Bouclage : le coût de l’opération, selon nos sources, a été chiffré à 317 000 euros… Probablement sans compter quelques frais annexes.
Illustration - L’économie sociale et solidaire avait tant besoin de publier un publi-rédactionnel dans Libération qu’elle sombre dans les dérives…

Pour une économie rebelle et alternative qui a l’habitude de clamer son manque de moyens et qui fait appel à l’épargne solidaire pour se financer, c’est énorme… Interrogé sur ce montant, un professionnel du secteur de la communication a avoué sa surprise et raconte que c e genre d’opération de communication a coûté 99 000 euros (les quatre pages) pour les précédents « Focus » publiés dans Libération .

Cette très démocratique économie a évidemment donné la parole à… ses dirigeants. C’est très humain et solidaire. Comme un seul homme, la plupart des patrons de ce secteur marchand et non marchand clament leur rejet du capitalisme roi. Citons par exemple le dirigeant du Comité national des entreprises d’insertion (CNEI), Laurent Laik, l’un des dirigeants du Crédit coopératif, Hugues Sibille, une banque coopérative qui est membre de la Fédération européenne des banques éthiques et alternatives (Febea). On n’oubliera pas Jacques Henrard, président de la Conférence permanente des coordinations associatives (CPCA), qui revendique en son sein 700 fédérations nationales et pas moins de 600 000 associations locales.
(Lire la version intégrale du Focus sur http://www.ceges.org/index.php/actualites/breves/219-focus-sur-less-dans-liberation)

Le président de la Confédération générale des scop, mouvement issu des coopératives ouvrières, Patrick Lenancker, est également de la partie avec le Groupement des entreprises mutuelles d’assurance (Gema), qui représente des mutuelles d’assurance bien connues comme la Macif, la Maaf, la Maif et la Matmut. Et, enfin, on n’oubliera pas Jean-Pierre Davant, patron de la Mutualité française, organisation qui regroupe la plupart des mutuelles de santé (la complémentaire santé obligatoire) de l’Hexagone. Même les régions de France et les territoires de l’économie solidaires ont livré leur message d’avenir dans ce pompeux et lénifiant supplément écrit par les communicants et relu à la virgule près, comme il se doit, par les clients.

Ces grands hommes ont livré quelques belles pensées résumées dès la première page du publi-rédactionnel de Libération. « Centrée sur l’homme et ses besoins, plutôt que sur le capital et sa rémunération : ainsi se définit l’économie sociale et solidaire, depuis que le concept est né dans l’Europe du XIXe siècle. Une profession de foi qui prend tout son intérêt en ce début de XXIe siècle marqué par une crise sans précédent ». Illustration - L’économie sociale et solidaire avait tant besoin de publier un publi-rédactionnel dans Libération qu’elle sombre dans les dérives… L’autre économie est en effet censée promouvoir la solidarité avec les travailleurs en général et en particulier avec les plus défavorisés. Elle revendique aussi la pratique de l’autogestion, selon les termes du dictionnaire de l’autre économie (sous la direction de Jean-Louis Laville et de Antonio David Cattani, Folio Gallimard, 2006).

En réalité, dans les coulisses, « Focus » est un produit commercial à un coût pas très social et solidaire. Sa réalisation a en effet été confiée à l’agence Buzi’Com, associée pour l’occasion à un sous-traitant du nom de SOS Bouclage. SOS Bouclage, cela ne vous dit rien ? Voici ce qu’a écrit Marianne2 dans un article publié en 2008 et titré : « SOS Bouclage, un pas de plus vers la précarité des journalistes ? ». « Même à entendre les garanties apportées par le fondateur de SOS Bouclage, l’avènement d’un tel concept n’incarne-t-il pas le cauchemar du journalisme de demain : un journalisme déconcentré, s’inscrivant dans une démarche de précarité institutionnalisée où la visio-conférence de rédaction se sera imposée ? », souligne le site (http://www.marianne2.fr/SOS-Bouclage-un-pas-de-plus-vers-la-precarite-des-journalistes_a93235.html). « Des urgentistes pour la presse écrite », titre le magazine Stratégie du 9 octobre 2008, avec cette présentation : « SOS Bouclage s’engage à dépanner les rédactions en moins de 48 heures avec les spécialistes qui leur font défaut. Si l’idée est bonne, gare aux effets pervers » (http://www.strategies.fr/emploi-formation/management/103182W/des-urgentistes-pour-la-presse-ecrite.html).

Cerise sur le gâteau, Buzi'Com-SOS Bouclage ont déjà réalisé ce qu’ils appellent des « suppléments » pour Libération , notamment un « Focus » « spécial séjours en France ». On leur doit aussi la rédaction (en anglais) et la réalisation d'un magazine d'actualité à la gloire du pétrole, OryxEnergyNews, pour le compte de la société Oryx Energy .
Illustration - L’économie sociale et solidaire avait tant besoin de publier un publi-rédactionnel dans Libération qu’elle sombre dans les dérives…

Sans oublier la réalisation du très chic magazine suisse People & Gotha , « le premier magazine people franco-suisse sur Internet ».

La prochaine fois, on aura peut-être droit à un magazine très people de l'économie sociale et solidaire, pourquoi pas « Gotha & solidaire »…Illustration - L’économie sociale et solidaire avait tant besoin de publier un publi-rédactionnel dans Libération qu’elle sombre dans les dérives…


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